- La faune s’est retrouvée elle aussi en proie aux incendies qui ont touché le pays ces dernières semaines.
- En ligne, les vidéos montrant des animaux essayant de survivre aux feux ont déferlé, montrant parfois des sauvetages sur le fil.
- Mais plusieurs d’entre elles ont été générées artificiellement ou sorties de leur contexte.
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Face à la course folle des flammes, elle s’est parfois retrouvée prise au piège. La faune sauvage a été directement touchée par les violents incendies qui ravagent (nouvelle fenêtre) de nombreux départements ces dernières semaines, brûlant une surface historique à travers le pays (nouvelle fenêtre). Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrant des animaux terrifiés fuyant le brasier et parfois sauvés in extremis se sont multipliées. Mais plusieurs d’entre elles, y compris parmi les plus virales, sont fausses ou trompeuses.
Des scènes déchirantes… générées par intelligence artificielle
Parmi elles, une séquence a ému de nombreux internautes : un renardeau protégé par sa mère, complètement recouverte de suie, dans un paysage carbonisé. Des pompiers réaniment comme ils le peuvent l’animal, tandis que son petit pousse des cris apeurés… avant que sa mère ne se relève. Une scène se déroulant en « France »
, selon un compte X (nouvelle fenêtre) qui a partagé cette séquence la semaine passée. Pourtant, on la retrouve également sur un compte anglophone (nouvelle fenêtre), où elle atteint 4,5 millions de vues.
En réalité, que ce soit en France ou à l’étranger, ce sauvetage n’a jamais eu lieu. Plusieurs incohérences visuelles montrent que la vidéo a été générée artificiellement (nouvelle fenêtre), comme le pelage de la renarde, qui redevient orange comme par magie au moment où de l’eau y est versée, et qui présente des zones plus floues que d’autres. L’assistant Gemini de Google confirme que « l’ensemble de la vidéo (visuel et audio) a été généré ou modifié à l’aide des outils d’IA (intelligence artificielle) »
de l’entreprise : il présente un filigrane invisible et intégré à ces images, appelé SynthID.

Dans le même registre, des images déchirantes ont circulé, montrant une biche se débattre en vain contre un grillage, au bord d’une route, tandis que le feu menace à quelques mètres d’elle. On retrouve notamment cette vidéo dans une compilation (nouvelle fenêtre) d’images cumulant 4,3 millions de vues sur Instagram. Mais là encore, des détails suscitent le doute, comme des floutages par intermittence de parties de la clôture.
Sur une version longue de la séquence, diffusée sur Facebook (nouvelle fenêtre), l’animal traverse même par moment le grillage. Là encore, Gemini confirme que « tout ou partie des visuels de cette vidéo ont été générés ou modifiés à l’aide des outils d’IA de Google »
, repérant un filigrane SynthID.
Des vidéos anciennes ou tournées à l’étranger
D’autres vidéos qui ont circulé ces derniers jours sont quant à elles bien réelles, mais ont été sorties de leur contexte. C’est le cas par exemple d’une vidéo montrant un chien à bout de forces (nouvelle fenêtre), que des pompiers rincent minutieusement contre leur véhicule. « Il était le seul survivant. Quand les pompiers l’ont retrouvé, chaque seconde comptait »
, est-il inscrit. Mais en observant bien la vidéo, on constate que le mot « close »
(« fermer »
en anglais) apparaît au-dessus d’une poignée liée au tuyau d’eau.
En réalité, la scène a bien eu lieu mais elle n’a pas été filmée en France : la séquence a été diffusée début juillet par un internaute localisé sur Facebook (nouvelle fenêtre) à Manille, la capitale des Philippines, et qui y documente les interventions des pompiers du pays. Sur son compte Instagram (nouvelle fenêtre), le sauvetage de ce chien a été visionné 3,6 millions de fois.
Ces derniers jours toujours, une vidéo de chevreuils fuyant les flammes et trouvant refuge dans la fraîcheur d’une piscine a également été largement diffusée. Une publication X (nouvelle fenêtre), consultée plus de 610.000 fois, affirme qu’elle a été tournée lors des « feux près de Bordeaux »
. Mais ces images, certes bien réelles, ne datent pas des incendies : la vidéo originale (nouvelle fenêtre) a été diffusée le 9 juillet sur les réseaux sociaux du site Internet Chasse Passion, soit avant les feux d’ampleur qui ont touché la région bordelaise.
La publication précisait que les animaux avaient voulu fuir la « chaleur »
… mais pas les flammes. « Ces deux faons et cette chevrette, filmés dans la brume du petit matin, sont simplement tombés dans la piscine parce qu’ils cherchaient de l’eau en pleine canicule. Rien à voir avec les incendies donc ! »
, a insisté le fondateur du site, Jacques Cheval, dans un billet (nouvelle fenêtre) regrettant que sa vidéo a été « détournée pour alimenter le buzz autour des incendies en Gironde »
. Il n’y précise pas la localisation de la séquence, mais il indique qu’elle lui a été « envoyée par un ami dont c’est la propre voisine qui a tourné la vidéo »
.
Des « pertes extrêmement importantes » redoutées
Si ces scènes sont donc fausses ou détournées, la détresse des animaux confrontés aux incendies (nouvelle fenêtre) est quant à elle bien réelle. « On sait déjà que c’est par millions »
qu’ils « ont été affectés »
, a déploré vendredi sur RMC (nouvelle fenêtre) Allain Bougrain-Dubourg, le président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Si un état des lieux précis est encore impossible à ce stade, les dégâts des feux s’annoncent d’ores et déjà « catastrophiques »
pour la faune sauvage, a insisté la semaine dernière la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, qui a anticipé des « pertes extrêmement importantes »
.
Les animaux les plus à risque ne sont d’ailleurs pas forcément ceux qui apparaissent dans les vidéos les plus virales. Si les chevreuils, biches et chiens peuvent plus facilement s’enfuir, ce n’est pas le cas des plus petites espèces. Parmi elles, « les hérissons, les grenouilles, et puis bien sûr la cohorte d’insectes qui sont l’essentiel en tant que nourriture pour un grand nombre de ces espèces-là »
, a récemment expliqué Eric Hansen, directeur interrégional Paca et Corse de l’Office français de la biodiversité, dans un reportage du 20H de TF1. « À 99%, ils vont tous mourir. Ça, c’est une réalité. »
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Felicia SIDERIS, Maëlane LOAËC

