• Le silent treatment, ou silence punitif, est une forme de manipulation qui fragilise les relations amoureuses.
  • La psychanalyste, thérapeute du couple et sexologue Evelyne Dillenseger explique comment ce comportement installe un rapport de force et peut générer anxiété et perte d’estime de soi.

Ajoutez TF1info à vos sources sur Google

Le silence peut parfois être considéré comme une forme de communication, mais dans le cadre d’une relation amoureuse, il peut se transformer en une arme redoutable. Le silent treatment (le silence punitif, en français, faute de véritable traduction) est d’ailleurs souvent évoqué dans les dynamiques relationnelles. Après une dispute ou un conflit, l’un des partenaires se terre dans le silence et ignore délibérément l’autre. Evelyne Dillenseger (nouvelle fenêtre), psychanalyste, thérapeute de couple et sexologue à Paris, décrypte pour TF1info ce phénomène qui fragilise les fondations de nombreux couples.

Le silent treatment, un message violent pour la personne qui le subit

Pour Evelyne Dillenseger, il est important de faire une distinction fondamentale. « On peut effectivement ne plus parler avec son ou sa partenaire parce qu’on est émotionnellement trop chargé, on a envie de prendre du recul, on ne veut pas rentrer dans le conflit, on prend sur soi« , explique-t-elle. En revanche, le silent treatment, « c’est carrément couper court à la communication« . Quand un conflit ou une dispute éclate, il arrive que l’un des partenaires demande une pause pour se calmer, afin de ne pas se laisser emporter par ses émotions, c’est mature et sain. Dans ce cas, « sortir, faire une promenade au lieu d’éclater est une bonne chose« . Cette pause permet de reprendre la discussion une fois les esprits apaisés. Le silent treatment, lui, est décidé par l’un des partenaires, qui peut relever de l’immaturité émotionnelle, voire de la manipulation. Pour Evelyne Dillenseger, « c’est un outil de contrôle. J’ai le pouvoir d’arrêter cette relation, de couper court. Souvent, c’est pour punir, pour contrôler, pour faire céder l’autre parce qu’il y a un différend, il y a un chantage derrière« . 

Or, cette dynamique, surtout quand elle se répète et qu’elle s’installe parfois pendant des jours et des semaines, instaure un rapport de force et une atmosphère anxiogène. La personne qui subit ce silence punitif se retrouve à supplier l’autre. Elle se demande ce qu’elle a fait, pourquoi l’autre l’ignore. Le silent treatment pousse le ou la partenaire à s’excuser, même s’il ou elle n’est pas en tort, pour rétablir le lien. C’est ici qu’un jeu de pouvoir et d’ascendant s’installe. L’auteur du silent treatment a gagné la partie ; la victime, elle, pense avoir instauré de nouveau la paix, mais c’est une paix illusoire. Et puisque ça a marché une fois, « le cycle va se répéter« , prévient Evelyne Dillenseger.

Les raisons qui poussent une personne à instaurer un silent treatment sont nombreuses et les causes « multifactorielles« . Pour la thérapeute, il peut s’agir d’une incapacité à gérer les conflits, d’une peur de la confrontation (la fuite est donc la solution de facilité) ou de la reproduction de modèles relationnels appris durant l’enfance. Il n’y a pas un type particulier de personne qui inflige cette punition par le silence, elle peut être consciente ou inconsciente. « C’est une immaturité. Quelqu’un qui ne peut pas communiquer, qui ne peut pas gérer les conflits… il est submergé par une agressivité qu’il préfère fuir« , précise-t-elle. Et d’ajouter : « Ça peut être un pervers narcissique, mais ça peut être quelqu’un qui est caractériel, quelqu’un qui pousse plus loin, pas d’une façon quotidienne, ou qui a d’autres ressources également pour ne plus parler avec quelqu’un, pour arrêter une relation« .

Chez la personne qui subit ce silence punitif, les conséquences sont dévastatrices, puisque ce n’est pas simplement une absence de parole : c’est un message violent : « Tu n’existes plus, tu ne comptes pas pour moi« . Résultat : la victime peut souffrir d’anxiété, de confusion, d’une baisse de l’estime d’elle-même, d’hypervigilance. Elle peut se sentir rejetée, voire abandonnée, ce qui fragilise durablement la confiance en soi. 

Ne pas jouer le jeu

Pour sortir de cette dynamique toxique, Evelyne Dillenseger conseille de ne pas jouer le jeu. « La grande erreur, c’est d’aller vers l’autre en disant ‘Qu’est-ce que j’ai fait ? Excuse-moi’. Là, vous vous mettez en état d’infériorité, la relation n’est plus équilibrée. » La bonne approche ? Reformuler : non pas ‘Qu’ai-je fait ?’ mais ‘Comment en sommes-nous arrivés là ? Pourquoi n’arrivons-nous pas à gérer ce conflit ?' ».

Par ailleurs, il est nécessaire d’encourager la communication en expliquant que le silence ne résout rien, voire d’envisager une thérapie de couple pour aider à comprendre les causes profondes de ce mutisme. Le travail thérapeutique consiste alors à remonter aux racines du comportement : les modèles relationnels de l’enfance, les mécanismes de fuite face au conflit, la peur de l’agressivité. « On essaie de voir pourquoi la personne ne peut pas affronter. Un besoin de tout contrôler ? On cherche les causes, les conséquences, pour lui faire prendre conscience que c’est une souffrance pour celui ou celle qui subit », indique la psychologue.

Si le comportement se répète et devient invivable, il est impératif de se demander si la relation est viable sur le long terme. Lorsque le silence est utilisé comme une arme constante pour punir ou contrôler, et que le partenaire refuse toute introspection, la rupture peut devenir nécessaire pour se protéger. « Si le partenaire ne peut pas gérer le conflit autrement que par la fuite et le silence, il y a un problème de fond qui nécessite une remise en question profonde », conclut Evelyne Dillenseger.

Sabine BOUCHOUL pour TF1INFO

Share.
Exit mobile version