La Thaïlande a expulsé vers la Chine, le 27 février, 40 réfugiés ouïgours, la minorité turcique et musulmane du Xinjiang, détenus depuis onze ans dans des centres de l’immigration de Bangkok pour être entrés illégalement dans le pays. L’opération a été réalisée en toute discrétion : six fourgons de la police de l’immigration thaïlandaise, dont les fenêtres avaient été obturées, ont récupéré vers 2 heures du matin les individus concernés au centre de détention de Suan Plu, dans le centre de Bangkok. Un témoin a filmé quelques images du convoi. Les détenus auraient ensuite été transférés sur un vol affrété par la compagnie chinoise China Southern Airlines en direction de Kachgar, la principale ville du sud de la région autonome du Xinjiang en Chine, à 5 heures du matin.
Ces précautions s’expliquent par le tollé qu’avait suscité une première tentative de déportation, pressentie le 20 janvier dernier, par des organisations de défense des droits de l’homme après que des détenus ont sonné l’alerte. L’opération avait été ajournée. L’expulsion « réussie » du 27 février – que la mobilisation beaucoup plus faible des militants n’est pas parvenue à décourager – n’en a pas moins suscité de vives critiques. « C’est une condamnation à mort exécutée au vu et au su de tous ! », accuse, dans un message au Monde, Rushan Abbas, la présidente du comité exécutif du Congrès mondial ouïgour (WUC), l’organisation politique de la diaspora prodémocratique ouïgoure en Occident, dont le siège est à Washington. « Ces personnes innocentes ont fui les persécutions pour être remises à leurs oppresseurs, ce qui prouve une fois de plus qu’aucun Ouïgour cherchant refuge n’est jamais vraiment en sécurité nulle part. »
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