Nous assistons ces dernières années à un phénomène sociétal inédit par sa diffusion dans différents champs culturels : la mise en avant de nos vulnérabilités. Si d’aucuns y voient banalement un culte de la victimisation et de la plainte égocentrée, on peut aussi y déceler le signe majeur d’un changement axiologique en cours, c’est-à-dire un changement de valeurs et d’imaginaire collectif. La figure valorisée n’est plus celle du héros tout-puissant dont la fragilité se situe à la marge, comme un défaut à dissimuler ou à sublimer. La vulnérabilité s’affiche à présent comme le ressort central d’un dépassement créatif, manifestant nos interdépendances.
Les exemples sont nombreux. La gymnaste olympique Simone Biles a été parmi les premières à rompre le tabou des troubles mentaux dans le sport de haut niveau. Le 26 mars, le journaliste Nicolas Demorand a révélé à la radio sa maladie bipolaire à des millions d’auditeurs. De plus en plus de célébrités confient leur diagnostic, racontent les séquelles physiques ou psychiques de leurs traumatismes et leurs accidents de vie. Et évoquent comment elles ont réinventé une liberté au sein des épreuves et des contraintes.
C’est aussi le cas de milliers d’anonymes sur les réseaux sociaux. A l’automne 2024, la régate du Vendée Globe a vu les bateaux des champions Thomas Ruyant et Sam Goodchild arborer sur leurs voiles en lettres capitales le mot « vulnérable », en signe de reconnaissance de nos vulnérabilités partagées avec les autres vivants et même notre planète. En littérature, au théâtre, dans la musique et au cinéma, même constat.
Ces dernières années, jamais le septième art n’aura autant porté la voix et le vécu des personnes en situation de handicap. Il suffit de songer aux films Intouchables, avec Omar Sy, Hors normes, suivant des éducateurs travaillant avec des personnes autistes, ou encore au long-métrage réalisé en 2024 par Artus, Un p’tit truc en plus, qui ont tous dépassé plusieurs millions d’entrées au box-office.
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