« La situation est grave. » Ce constat sur la dette publique de la France, prononcé sur tous les tons par François Bayrou, n’a pas porté ses fruits. Si les Français se disent de plus en plus préoccupés par le sujet, la grande majorité n’est pas prête à assumer les efforts budgétaires demandés par un premier ministre qui bat des records d’impopularité et peine à convaincre que son plan d’économies est juste. Le coup de poker que constitue la demande d’un vote de confiance, lundi 8 septembre, à l’Assemblée nationale, est en train de se retourner contre son initiateur. Pour celui qui voulait réconcilier un pays fracturé, l’échec est cinglant et ne fait que compliquer encore un peu plus l’équation.
S’il ne sert à rien de dramatiser la situation budgétaire, il est en revanche indispensable de regarder lucidement le problème. La France vit au-dessus de ses moyens, l’emprunt lui coûte de plus en plus cher. Le principal enjeu du désendettement est de préserver la capacité du pays à garder des marges de manœuvre pour orienter ses choix politiques et économiques, autrement dit, sa souveraineté.
Continuer à laisser dériver nos déficits en finançant des dépenses courantes sans se préoccuper d’augmenter la richesse produite n’est plus soutenable. Si le frein à une dette qui dépasse désormais les 3 400 milliards d’euros n’est pas rapidement actionné, nos conditions d’emprunt vont inexorablement se dégrader, alourdissant la charge des intérêts et réduisant nos capacités d’investissement. Nous nous condamnerions à hypothéquer l’avenir du pays.
Redistribution des cartes
Les intérêts de la dette sont en passe de devenir le premier poste budgétaire du pays. Ce sont des dizaines de milliards d’euros à financer par de nouveaux prélèvements ou en continuant à lever toujours plus de dettes dans un cercle vicieux mortifère. Cet automne, faute de budget crédible et de stabilité politique, les agences de notation financière dégraderont la dette souveraine de la France, renchérissant encore un peu plus nos coûts d’emprunt. Ceux-ci sont déjà supérieurs à ceux de la Grèce ou de l’Espagne et sont désormais au même niveau que ceux de l’Italie, longtemps considérée comme l’homme malade de l’Europe. Dans ces conditions, comment continuer à faire valoir nos intérêts sur la scène internationale au moment où s’opère une redistribution des cartes historique ?
Quelles que soient les erreurs commises par François Bayrou dans sa méthode, chacun des acteurs, partis politiques comme partenaires sociaux, doit se ressaisir et accepter d’entrer dans une logique de compromis, alors que la tentation actuelle reste de défendre coûte que coûte ses intérêts. Le patronat se livre à une surenchère libérale là où l’enjeu est de se mettre d’accord sur un minimum acceptable par tous les Français. Les syndicats excluent d’emblée tout effort pour les salariés, comme si, dans cette situation inextricable, le « toujours plus » était encore d’actualité, la gauche fait un blocage sur la réduction des dépenses, la droite, sur la hausse de la fiscalité. Et chacun renvoie sur l’autre la responsabilité de l’impasse.
Sans être négligeable, le freinage demandé pour 2026 n’est pas un plan d’austérité. Il représente 2,6 % d’une dépense publique qui continuera d’augmenter. Si, dans ce cadre, chacun n’accepte pas de faire un minimum de concessions pour partager équitablement l’effort budgétaire, le refus d’obstacle ne fera qu’amplifier le problème et alourdir l’addition finale. Il n’y aura aucun gagnant.