Au-delà des enjeux institutionnels, la crise néo-calédonienne trouve son terreau dans des inégalités profondes, structurelles. Sur le Caillou [surnom de la Nouvelle-Calédonie], la protection sociale est une chimère en comparaison avec l’Hexagone. Absence de revenu de solidarité active (RSA), reste à charge de 20 % pour les bénéficiaires de l’aide médicale dans la province Sud – où vivent près des trois quarts de la population –, salaire minimum mensuel d’environ 1 200 euros net pour trente-neuf heures hebdomadaires [contre 1 443 euros net pour trente-cinq heures dans l’Hexagone], aucune prime d’activité pour les travailleurs aux revenus modestes… Ajoutez à cela la vie chère, la crise du nickel, les séquelles des émeutes de 2024 et des coupes budgétaires qui frappent les plus précaires : le cocktail est explosif. Dans ce contexte, la justice sociale reste pourtant l’angle mort des discussions sur l’avenir du territoire.
Après l’abandon de la consultation citoyenne anticipée sur l’accord de Bougival [signé le 12 juillet 2025 entre les représentants des différents partis politiques de la Nouvelle-Calédonie et l’Etat français], l’invitation des forces politiques néo-calédoniennes à l’Elysée, le 16 janvier, ouvre une nouvelle séquence. Le boycott de cette réunion par le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), annoncé mardi 13 janvier, met toutefois en lumière les fractures persistantes autour du processus en cours. Au-delà des compromis à trouver sur l’avenir institutionnel, un autre axe de négociation mérite par ailleurs d’être approfondi : quelles contreparties légitimes la Nouvelle-Calédonie pourrait-elle obtenir de l’Etat en cas de maintien, durable ou transitoire, au sein de la République ?
Par sa position géographique, l’étendue de sa zone maritime et ses ressources, la Nouvelle-Calédonie représente pour la France un atout stratégique majeur dans l’Indo-Pacifique. Cette réalité invite à nuancer l’idée d’un Etat cantonné à un rôle d’arbitre neutre dans le dossier néo-calédonien. Le maintien du troisième référendum [sur l’indépendance] en 2021, malgré la demande de report formulée à l’époque par les indépendantistes, en constitue un élément éclairant. Le corps électoral gelé et la progression du oui à l’indépendance (43,33 % en novembre 2018 puis 46,74 % en octobre 2020) rendaient en effet crédible une victoire du oui en cas de scrutin ultérieur.
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