- Les commissariats sont de plus en plus surchargés et de nombreuses plaintes sont laissées en souffrance.
- Regardez ce reportage du JT de TF1.
Des piles de dossiers entassées dans des bureaux exigus. Depuis deux ans, avec la possibilité de déposer sa plainte en ligne, leur nombre ne fait qu’augmenter et beaucoup restent sans réponse. Dans le reportage de TF1 en tête de cet article, une équipe de TF1 se penche sur cet engorgement.
Celui-ci frustre les victimes, qui déplorent des réponses judiciaires très tardives, voire inexistantes. Quelques années auparavant, Lorenzo, interrogé dans la rue par notre équipe, a porté plainte dans un commissariat suite à un petit accident de voiture. Le temps file et il n’a toujours pas de retour. « Absolument rien du tout, j’y suis allé, j’ai déposé la plainte, je suis revenu et basta. Ce n’est pas normal »,
souffle le jeune homme. Un sentiment partagé par François depuis que sa femme a été renversée à vélo un an plus tôt. Le couple n’a reçu aucune nouvelle de la plainte. François espère « au moins un retour, ‘c’est classé sans suite’, ‘on ne l’a pas retrouvé’, ‘on l’a retrouvé’, ‘on l’a interrogé’. Bref, un petit retour, mais là rien du tout. Je ne sais pas l’expliquer, est-ce que c’est un manque de personnel ? Sans doute
. »
« Tout devient urgent »
La plainte du couple est sans doute encore stockée dans l’armoire d’un commissariat, comme tant d’autres infractions du quotidien, petits vols et violences sans blessures physiques. Rien qu’en 2024, un peu plus de 450.000 victimes de violences physiques ont été dénombrées par les services de police et de gendarmerie, de quoi alimenter encore la pile déjà haute de plaintes en cours de traitement.
Sur des photos que montre notre reportage, des centaines de dossiers s’entassent, certains depuis plus de deux ans. « C’est un peu ce qu’on voit dans tous les bureaux des enquêteurs qui travaillent dans les divers services judiciaires »
, assure un enquêteur de police souhaitant garder l’anonymat.
Le gros manque d’effectifs fait qu’il y a un moment où le policier en enquête judiciaire est surmené
Le gros manque d’effectifs fait qu’il y a un moment où le policier en enquête judiciaire est surmené
enquêteur de la police judiciaire, anonyme
Plus de 3 millions de plaintes sont déposées par an, sans compter celles transmises en ligne, avec un problème structurel : de moins en moins de moyens. Dans le service de cet enquêteur anonyme, le nombre d’agents a en effet été divisé par deux. « C’est de pire en pire, puisqu’on a de moins en moins de moyens, on nous demande de plus en plus de travail. Tous les jours, on a un nombre de dossiers à gérer incroyable, et tout devient urgent, sauf que tout ne peut pas être urgent, et surtout le gros manque d’effectifs fait qu’il y a un moment où le policier en enquête judiciaire est surmené »
, déplore-t-il.
« Aujourd’hui, il y a beaucoup de dossiers qui sont en souffrance. Il faut savoir qu’il y a 40% des dossiers au niveau national qui ont plus de deux ans. C’est-à-dire qu’à un moment, il y aura la prescription et les victimes n’auront jamais de réponse. En France actuellement, il manque plus de 2.000 enquêteurs pour qu’on puisse absorber ce stock de dossiers »
, expliquait déjà en octobre 2025 face à la caméra de TF1 (lire l’article en lien ci-dessous) Benoît Aristidou, secrétaire départemental du Nord d’UN1TÉ, le premier syndicat de la police nationale.
Régler ce problème n’est pas chose aisée lorsque l’investigation attire de moins en moins de candidats. « Les jeunes policiers qui sortent d’école de police veulent aller sur la voie publique, sur le terrain. Ils savent très bien que s’ils rentrent dans la fédération d’investigation, ils vont être dans un bureau à gérer des procédures. Vous rentrez le soir, vous avez un dossier, vous ne savez pas si dans un autre dossier que vous aviez mis en priorité, il ne va pas y avoir un drame, et que le lendemain, vous allez être responsable de ça »
, souligne Denis Petit, délégué permanent d’unité, syndicat de la police nationale à Lille (Nord).
Près de 26 milliards d’euros destinés à la sécurité attendent le vote du budget pour être débloqués, soit 690 millions d’euros de plus que l’an passé. De quoi mettre un pansement sur le problème.









