- Une étude s’est penchée sur la réaction des chevaux face à la peur humaine.
- Des chercheurs ont exposé 43 juments à des odeurs de peur humaine.
- Les échantillons ont mis les équidés « dans un état d’alerte ».
Ceux qui ont déjà mis les pieds dans une écurie ont probablement déjà entendu cette phrase, bien connue des cavaliers : « n’aie pas peur, le cheval va le sentir si tu as peur »
. Les plus curieux se seront alors demandé si cela est vrai, et si les chevaux (nouvelle fenêtre)sentent littéralement la peur chez l’humain. C’est aussi la question à laquelle un groupe de chercheurs de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) et de l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE) a voulu répondre. Le 14 janvier, ils ont publié leurs recherches dans la revue scientifique PLOS Biology
(nouvelle fenêtre) : oui, les chevaux sentent l’odeur de la peur chez les humains et deviennent eux-mêmes plus vigilants dans ces le cas-là.
« On sait que les chevaux arrivent à décrypter nos expressions faciales, à reconnaître si on est triste, joyeux, en colère. Ils sont aussi très doués pour
reconnaître nos voix
(nouvelle fenêtre)«
, explique Léa Lansade, directrice de recherche à l’INRAE et principale autrice de l’étude. Pour tester leur réaction quand ils sont face à différentes odeurs, les chercheurs ont récolté des échantillons d’odeur chez trente volontaires. Des recherches récentes ont en effet mis en évidence le rôle de la sueur produite par les glandes des aisselles, avec des composés comme l’adrénaline, l’androstadiénone ou l’acide hexadécanoïque – les chiens sont d’ailleurs capables de détecter de tels signaux émis par l’homme, selon certaines études. Pour récupérer les échantillons, les volontaires ont visionné des extraits de films d’horreur (nouvelle fenêtre)et de comédies avec des tampons glissés sous les aisselles.
Des réactions même quand aucun humain n’est présent
Après avoir récolté les échantillons d’odeurs liées à la peur et à la joie de 30 volontaires, Léa Lansade et ses collègues de l’IFCE ont mené une série de tests avec 43 juments de race Welsh. Les chevaux ont été équipés de muselières dans lesquelles avaient été agrafés des tampons « peur », « joie », ou des muselières sans tampons, qui ont été les échantillons témoins. Deux tests permettaient d’observer les interactions de l’animal avec un humain : s’il s’approchait d’un expérimentateur se tenant à proximité de lui et comment il réagissait lors du pansage. Deux autres avaient pour but de voir ses réactions sans présence humaine, lorsqu’un parapluie était soudainement ouvert devant l’animal et lorsqu’un objet inconnu était placé dans son box.
Dans tous les cas, les chevaux exposés à une odeur de peur présentaient des symptômes de peur plus élevés. Dans les tests d’interaction, ils touchaient moins l’humain. Ils sursautaient plus fortement à l’ouverture du parapluie et fixaient davantage l’objet nouveau. L’odeur de peur humaine « les met dans un état d’alerte, de vigilance »
, même sans présence humaine, explique Léa Lansade. Elle continue : « Il y a vraiment une contagion émotionnelle. (…) On ne sait pas si c’est acquis par apprentissage après avoir vu des personnes effrayées ou si c’est un comportement inné. »
Des études similaires en cours chez les moutons
Une première hypothèse repose sur une contagion émotionnelle liée à la domestication du cheval : tous les chevaux domestiques actuels « descendent d’un unique troupeau »
originaire d’une région au nord du Caucase, « peut-être que ce groupe avait des capacités à reconnaître nos émotions »
, explique la chercheuse. Une autre piste tient au fait que la communication chimique est probablement apparue tôt dans l’histoire de l’évolution. Chez les humains et les équidés – des mammifères qui partagent un très lointain ancêtre commun – les molécules liées à l’odeur de peur pourraient donc être « assez similaires »
, explique-t-elle.
Pour le moment, aucune réaction significative n’a été observée quand les chevaux sont exposés aux échantillons « joie ». « Peut-être est-ce lié à notre façon de provoquer »
cette émotion chez les volontaires, suppose Léa Lansade. Elle travaille également sur des recherches similaires sur les moutons. « Pour le moment, ça a l’air plus dur pour eux »
, tempère-t-elle.









