- Une nouvelle campagne de désinformation vise la France.
- L’objectif est d’impliquer à tort Emmanuel Macron dans l’affaire Epstein.
- Les Vérificateurs reviennent sur la diffusion de cette infox.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
Un scandale mondial qui éclabousse l’élite européenne. L’occasion était trop belle pour que les acteurs de la propagande russe passent à côté. D’après notre enquête, une nouvelle campagne de désinformation identifiée ce mercredi 4 février s’en prend à Emmanuel Macron. Celle-ci vise notamment à impliquer le président de la République dans la tentaculaire affaire Epstein, après la publication par les États-Unis de millions d’archives. Une fausse information créée dans le seul objectif d’alimenter une campagne de dénigrement contre la France. On vous explique.
Trois fausses Unes identifiées sur Telegram
Cette opération passe par la production de dizaines de contenus. Comme l’a signalé le collectif Antibot4Navany (nouvelle fenêtre), au moins huit vidéos différentes sont apparues simultanément. À chaque fois, elles usurpent l’identité visuelle de médias crédibles, comme RFI ou France 24. Consultées par Les Vérificateurs, ces images, dont certaines sont toujours disponibles sur X, accusent par exemple le président français de protéger un « lobby de pervers »
.
Une autre prétend révéler que les liens entre des responsables français et le prédateur criminel américain auraient été retirés des documents publiés en vertu d’un accord entre Emmanuel Macron et Donald Trump. Pire encore, une séquence portant le logo d’Al Jazeera affirme qu’en 2025, plus de 1.000 enfants réfugiés ukrainiens (nouvelle fenêtre) auraient « disparu »
en France, dans un scandale de trafic d’êtres humains.
Autres images trouvées dans des canaux pro-russes : de fausses Unes de la presse française, visibles ci-dessous. Selon les clichés, le 2 février, le quotidien La Croix
aurait titré sur le « silence »
embarrassant de l’Élysée face au scandale Epstein. Disponible en ligne (nouvelle fenêtre), la Une originale démontre que le quotidien s’intéressait en réalité à la « terrible répression »
en Iran. Preuve accablante de la manipulation : la légende sous la fausse Une d’Emmanuel Macron aux côtés de Jeffrey Epstein est celle des « manifestants dans les rues de Téhéran »
.
La stratégie qui consiste à réaliser de fausses Unes (nouvelle fenêtre) pour diffuser des informations créées de toutes pièces est connue de tous ceux qui s’intéressent aux ingérences étrangères. Elle consiste à usurper l’identité de journaux européens et à leur attribuer de faux articles, comme nous vous l’expliquions déjà à l’époque (nouvelle fenêtre). Ici, si ces contenus ne se sont pas retrouvés sur les réseaux sociaux utilisés en France, leur réalisation démontre une volonté claire de ces acteurs de profiter de l’actualité autour de Jeffrey Epstein pour impliquer le locataire de l’Élysée, soutien de l’Ukraine.
Un site fallacieux
Mais à travers toutes ces tentatives, l’une d’elles est sortie du lot. Arrivée jusqu’au réseau social X, publiée en anglais et en français, elle assure qu’Emmanuel Macron serait cité dans des SMS échangés entre le banquier d’affaires américain et Jean-Luc Brunel (nouvelle fenêtre), accusé d’être son principal rabatteur en France. Ce dernier aurait confié au pédocriminel que le président de la République alors fraîchement élu « aime les jeunes »
garçons.

Alors sur quoi s’appuient les internautes ? La totalité des messages citent une seule source : un article de blog (nouvelle fenêtre). Baptisé « france-soir.net », on y trouve effectivement une publication datée du 4 février au sujet de cette « remarque choquante »
. Sauf que ce site – désormais suspendu – tente d’en imiter un autre, « Francesoir.fr ». Si ce blog, qui a repris la marque d’un ancien quotidien généraliste, est régulièrement très critique vis-à-vis d’Emmanuel Macron, il n’a jamais fait aucune référence à la présence du chef de l’État dans le dossier Epstein. Sur ses réseaux sociaux (nouvelle fenêtre), la rédaction confirme avoir subi une « usurpation de marque et de contenu »
. L’auteur présumé de l’article ne travaille d’ailleurs pas pour cette plateforme. Il est en réalité journaliste au Parisien
(nouvelle fenêtre).
Une manœuvre qui, là encore, provient directement d’un mode opératoire attribué (nouvelle fenêtre) à un acteur pro-russe, l’ancien policier américain John Mark Dougan (nouvelle fenêtre). Exilé en Russie depuis 2016, il enregistre et maintient un réseau de faux sites web qui se font passer pour des marques de médias, des partis et des mouvements politiques, notamment en France.
Un mode opératoire caractéristique
La rumeur a ensuite été reprise dans une vidéo générée à l’aide de l’intelligence artificielle, avant d’être amplifiée par des dizaines d’utilisateurs sur X. Des messages dont le profil des auteurs laisse dubitatif. Nous avons identifié plusieurs relais réguliers de la propagande russe, dont le compte à l’origine du post (nouvelle fenêtre) le plus populaire. Celle qui se présente comme une Hongroise a par exemple annoncé à tort (nouvelle fenêtre) que les bijoux du Louvre avaient été « retrouvés chez un proche de Zelensky »
. Elle s’en est également pris dans le passé au « QI d’Emmanuel Macron »
.
Plus significatif encore : le 24 octobre dernier (nouvelle fenêtre), elle avait déjà tenté d’impliquer le chef de l’État dans le dossier Epstein en prétendant que le fort de Brégançon serait une « île Epstein à la française ».
Au total, nous avons déjà vérifié dix infox pro-russes venues de différents comptes.
Comment le cambriolage du Louvre alimente les réseaux de désinformationSource : JT 20h WE
01:58
Comment le cambriolage du Louvre alimente les réseaux de désinformation
En résumé, cette rumeur est issue d’un site falsifié et d’une vidéo générée par IA. Elle a ensuite été largement amplifiée par plusieurs comptes. Le 5 février, plus de 1.300 contenus ont été publiés en l’espace d’une heure, notamment par des relais historiques et fréquents de « Storm-1516 » (nouvelle fenêtre), cette opération informationnelle attribuée en mai dernier à un réseau d’individus et d’organisations agissant depuis la Russie.
Un lien entre cette infox et cette opération est d’ailleurs confirmé par un service de l’État proche du dossier. Auprès de TF1info, cette source estime que certains de ces acteurs ont « très probablement été rémunérés »
pour participer à la diffusion de cette rumeur.

Reste désormais à en connaître les conséquences. Cette allégation s’est bien retrouvée au cœur de plus de 18.000 messages, dont un quart écrits en français. Malgré tous ces efforts, les 20 posts les plus populaires ont cumulé à peine plus de deux millions de vues sur X, d’après les données que nous avons compilées avec Visibrain (nouvelle fenêtre).
Ici, l’objectif est de profiter d’une actualité forte pour cibler la France. Comme souvent, l’impact de la manœuvre sur le débat public numérique demeure difficile à apprécier. Dans son dernier bulletin (nouvelle fenêtre), le Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) décrit elle aussi une « campagne malveillante en cours »
. Elle évalue toutefois que « le risque associé »
reste « faible »
.
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