- En 1987, le corps mutilé d’une fillette était retrouvé au bord de l’autoroute A10.
- Ce n’est que 31 ans après que la petite Inass a été identifiée.
- Après des années de procédures, ses parents vont être jugés aux assises en novembre prochain.
Les parents de la fillette de 4 ans retrouvée morte et mutilée en 1987 au bord de l’autoroute A10 comparaitront en novembre devant la cour d’assises du Loir-et-Cher à Blois, 39 ans après les faits. La mère de la petite Inass, longtemps surnommée « la martyre de l’A10 », faute de pouvoir l’identifier, doit être jugée pour « torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort »
sans intention de la donner, tandis que le père sera jugé pour « complicité »
. Ils sont aujourd’hui âgés respectivement de 71 et 74 ans.
30 ans de mystère
Ce procès marquera l’aboutissement d’un des plus anciens cold cases en France, objet de plusieurs séries documentaires. Il doit s’étaler sur trois semaines, du 9 au 27 novembre, a appris l’AFP auprès d’avocats. La découverte, le 11 août 1987, de la dépouille mutilée de cette fillette dans un fossé de l’A10 par deux agents de l’autoroute, à hauteur de Suèvres, village du Loir-et-Cher situé entre Orléans et Tours, a alimenté pendant des décennies la chronique judiciaire, au fil de multiples rebondissements.
Le corps portait des marques de violences, dont des traces de brûlures dues à un fer à repasser et des cicatrices dues à des morsures humaines, attribuées à une femme, selon les médecins légistes et des rapports consultés par l’AFP. À court de pistes, la gendarmerie avait lancé le plus grand appel à témoins jamais initié en France pour tenter d’identifier la victime. Son signalement avait été diffusé dans plus de 30 pays et sa photographie placardée dans 65.000 écoles et 30.000 mairies.
Rebondissement grâce à l’ADN
Deux ordonnances de non-lieu, rendues en 1991 et 1997 après des recherches infructueuses, avaient laissé cette affaire non résolue. Ce n’est qu’en 2018, trois décennies après la découverte du corps, que les enquêteurs sont parvenus à remonter jusqu’aux parents, grâce à un prélèvement ADN effectué sur le frère de la victime dans une affaire de violence.
La comparaison avec le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) révèle alors une correspondance avec des traces ADN retrouvées sur les vêtements et la couverture dans laquelle était enveloppé le corps de l’enfant, permettant enfin d’identifier le corps, puis d’interpeller les parents en juin 2018.
« Procès sensible »
Mais plusieurs recours des parents et du parquet de Blois contre l’ordonnance de mise en accusation du juge d’instruction ont retardé la tenue d’un procès. En septembre 2024, la Cour de cassation a finalement ouvert la voie à un procès et validé les chefs d’accusations initiaux. Halima El Bakhti, la mère, devra répondre de ces actes « volontaires, nombreux et échelonnés dans le temps »
ayant conduit à la mort de sa fille, selon un rapport des enquêteurs. Son mari, Ahmed Touloub, est lui soupçonné d’avoir eu « connaissance des violences »
exercées par sa femme et sera jugé pour « complicité »
.
Pendant leur garde à vue, aucun des parents n’avait reconnu être l’auteur des violences ayant entraîné la mort de la petite Inass, s’accusant mutuellement de violences conjugales. Prévue pour une durée de trois semaines, l’audience va bénéficier du label « procès sensible »
. Ce dispositif doit offrir à la cour d’appel d’Orléans, qui avait sollicité le dépaysement du procès en janvier 2025, un soutien « organisationnel et financier »
.
« C’est une première étape pour redonner un peu de dignité à cette fillette qui a perdu son identité »
, a estimé Agathe Morel, avocate de l’association Enfance et partage. La fillette a été enterrée au cimetière de Suèvres, près du lieu de la découverte du corps. Pour l’avocat du village, Me Jean Sannier, « chaque jour de plus »
sans justice rendue « est un coup de plus donné à cette petite »
à laquelle « toute une petite commune »
s’est liée, qui n’a jamais cessé d’entretenir sa tombe.









