L’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, le 2 novembre 2013, avait plongé la rédaction de Radio France internationale (RFI) dans la tristesse et suscité une vague d’émotion en France. Plus de douze ans et trois mois après les faits, le juge d’instruction antiterroriste enquêtant sur l’assassinat au Mali des deux envoyés spéciaux de RFI a demandé une nouvelle déclassification de documents classés secret-défense, a appris lundi 9 février l’Agence France-Presse (AFP) de source proche du dossier.
Cette requête, envoyée le 12 janvier au ministère des armées français, fait suite à une demande des parties civiles. « Il y a déjà eu plusieurs déclassifications mais elles étaient limitées, avec des documents caviardés », a affirmé à l’AFP Danièle Gonod, présidente de l’Association des amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon. « On nous a opposé le secret-défense, en nous disant que cela relevait de la protection des sources au Mali, mais aujourd’hui il n’y a plus un seul soldat français au Mali, donc plus de source à protéger », a relevé Mme Gonod.
Ghislaine Dupont, 57 ans, et l’ingénieur du son Claude Verlon, 55 ans, avaient été enlevés lors d’un reportage pour RFI, puis tués près de Kidal, quelques mois après l’opération française « Serval », destinée à contrer des djihadistes menaçant de prendre Bamako. Si ce double assassinat a été revendiqué par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), la lumière n’a jamais été faite sur le drame.
Selon la version officielle, un convoi de militaires français avait découvert les corps des reporters, tués par balles, non loin du pick-up de leurs ravisseurs. Ce dernier était tombé en panne, d’après les enquêteurs, qui privilégient la thèse d’une prise d’otages ratée d’un groupe djihadiste. Pour Mme Gonod, « les investigations réalisées sur la téléphonie montrent que c’est un vrai réseau djihadiste, politique et organisé, avec des liens en Algérie ».
Nouvelles demandes du juge pour faire avancer l’enquête
Le juge a notamment demandé au ministère des renseignements sur deux suspects encore vivants : l’un des deux commanditaires présumés, Sidan Ag Hita, et l’un des quatre membres du commando, Hamadi Ag Mohamed. Le juge relève que Sidan Ag Hita est « devenu un chef djihadiste important, au point, d’après la presse, de négocier directement avec l’Etat malien la libération d’otages », d’après sa requête dont l’AFP a eu connaissance. Le magistrat demande aussi des renseignements sur Cheikh Ag Haoussa, chef touareg censé accueillir les « djihadistes repentis », avec qui les journalistes avaient rendez-vous à Kidal.
« Quelques heures avant l’enlèvement, Cheikh Ag Haoussa aurait été vu dans son véhicule en compagnie de Baye Ag Bakabo, chef du commando responsable des enlèvements et assassinats », note-t-il.
Il a aussi relayé l’étonnement des parties civiles devant l’absence de rapport des forces spéciales françaises sur le drame et réclamé la déclassification de « tout document » attestant qu’un commanditaire de l’enlèvement « aurait contacté, après les faits » un membre du commando « pour lui reprocher d’avoir “gâché la marchandise” ».










