Nous, médecins, chercheurs, acteurs de santé publique, sommes saisis de stupeur à l’annonce d’une possible réorganisation de Santé publique France, l’agence nationale de santé publique, qui prend un air de quasi-démantèlement de son activité en matière de campagnes de prévention.
Cette décision, prise sur la base d’un rapport de l’inspection générale des affaires sociales qui n’a jamais été rendu public, a surpris par son caractère soudain, son contenu et l’absence d’explications claires ou de fondements solides, au-delà d’une prétendue rationalisation de l’action publique qui reste à démontrer.
Ce transfert annoncé des campagnes de prévention au ministère de la santé, sous l’autorité directe du gouvernement, pose une question essentielle : quelle place notre société souhaite-t-elle accorder à l’expertise scientifique et à la connaissance dans l’élaboration des politiques de santé ?
Créée en 2016, Santé publique France a regroupé des missions jusqu’alors dispersées : surveillance de l’état de santé de la population, veille et alerte sanitaires, prévention et promotion de la santé. Cette architecture répondait à une conviction forgée au fil des crises sanitaires : pour protéger efficacement les populations, il est indispensable de disposer d’une expertise publique forte, structurée et indépendante des décideurs politiques. Nous avons besoin de scientifiques capables d’analyser et d’évaluer les risques afin d’éclairer la décision publique et d’agir sur les facteurs qui influencent la santé.
Des savoir-faire reconnus
Les défis auxquels nous faisons face aujourd’hui rendent cette exigence plus actuelle que jamais. Le poids croissant des maladies chroniques et des cancers, les inégalités sociales et territoriales de santé, les expositions environnementales nocives, l’influence des acteurs industriels et commerciaux sur la santé, l’émergence de maladies infectieuses nouvelles ou encore les fragilités de notre système de prévention appellent des politiques fondées sur des données robustes inscrites dans le temps long.
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