Il a beau, à 49 ans, être le plus jeune de tous les banquiers centraux en charge de l’une des grandes devises globales, il est déjà l’un des plus sages et pondérés. Pourtant Martin Schlegel, qui dirige la Banque nationale suisse (BNS) depuis octobre 2024 avec une rigueur et un mutisme intraitables, risque bien de devoir forcer sa nature ces prochains jours. Pour se livrer aux deux activités qu’il déteste le plus : parler, et intervenir sur le marché des changes pour freiner la hausse continue du franc suisse.
Car, depuis le début de l’année, la devise helvétique a gagné près de 3,5 % contre le dollar, et 3 % contre l’euro, des appréciations rapides qui commencent à inquiéter la puissante industrie d’exportation helvétique, dont les produits (horlogerie, luxe, agroalimentaire, machines de précision, pharmacie) deviennent toujours plus chers sur ses deux principaux marchés : Etats-Unis et Union européenne. Dans la soirée du vendredi 13 février, 1 dollar cotait 0,76 franc suisse, en baisse de 15 % depuis le début du second mandat de Donald Trump, en janvier 2025, et un plus bas pour la devise américaine face au « Swissie », comme le nomment les opérateurs du marché, depuis près de quinze ans. De son côté, la monnaie européenne ne valait plus que 0,91 franc suisse. Un tel niveau n’avait été observé qu’une seule fois dans l’histoire, en janvier 2015, quand la BNS avait abandonné le cours plancher, provoquant un effondrement très temporaire de l’euro vis-à-vis du franc suisse.
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