Plus une vache dans l’étable. Une sensation de vide, vertigineuse. Et ce silence inhabituel, comment le décrire ? Marielle Cadiot cherche ses mots, puis résume : « Un calme… mortuaire. » La scène remonte à près de cinq ans, mais l’éleveuse de bovins, cheveux courts couleur prune, la décrit comme si elle datait de la veille. « Quand vous vous rendez au bâtiment, que vous n’entendez plus un meuglement, plus un son sur la paille… Il n’y a plus de vie dans la ferme, c’est impressionnant. Le silence est pesant. »
En ce mois de janvier, attablée dans son salon, où trône sur la cheminée un taureau en bois sculpté, la quinquagénaire tient à « relativiser » : « Il n’y a pas eu mort d’homme. » Tout de même, le choc de juin 2021 fut violent. « Pendant une bonne quinzaine de jours, on se lève, on est perdu. Il n’y a plus de petit tour matinal. Parce que, normalement, la première chose que l’on fait dans la journée, c’est d’aller voir ses bêtes. » Les siennes, des blondes d’Aquitaine, suspectées d’être malades, venaient de partir à l’abattoir.
A Monclar, petit village du Lot-et-Garonne, le cheptel bovin de Marielle Cadiot représentait, dit-elle, « le travail de deux ou trois générations ». Une fierté familiale. Certaines bêtes descendaient des vaches de son grand-père maternel. Ses parents, qui cultivaient aussi des prunes jusque dans les années 1990, avaient poursuivi la sélection des animaux, patiemment. Elle était attachée à ce troupeau, élaboré au fil des décennies et monté jusqu’à 120 vaches allaitantes « rustiques » : « Elles étaient peu malades, pas sensibles, avec des vêlages faciles et elles pouvaient passer une partie de l’hiver dehors. » Mais tout cela, c’était avant l’arrivée dans sa ferme de la « tube », l’abréviation donnée ici à la tuberculose bovine.
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