Dehors, les arbres ont bien résisté, mieux que les arêtières de l’entrée, emportées par le vent. Au lendemain du passage de la tempête Nils, dans la nuit du 11 au 12 février, l’heure est au bilan pour Laure de Lambert Compeyrot, propriétaire d’un domaine viticole à Bommes (Gironde), au sud-est de Bordeaux. Les dégâts semblent minimes, mais un détail retient l’attention de la productrice de sigalas-rabaud, un premier cru classé de sauternes : la rivière voisine, le Ciron, est sortie de son lit, l’eau remonte ici et là, des nappes apparaissent parfois, comme en bas de sa propriété (17 hectares), où les débordements approchent quelques pieds de vigne. La menace est réelle, quoique très localisée, mais pas de quoi décourager l’énergique sexagénaire, à la veille d’un grand jour. Le lendemain, jour de la Saint-Valentin, sa gamme doit s’enrichir d’un nouveau flacon : un sigalas-rabaud, « vin liquoreux sans alcool », c’est écrit sur l’étiquette.
A sa manière, Mme de Lambert Compeyrot est une pionnière, tant les producteurs de grands vins sont rares à se lancer sur le créneau du sans-alcool, un marché encore marginal en France. La « révélation » l’a frappée voilà un an, pendant le salon Wine Paris 2025. Elle a mémorisé la date, le 8 février, et le goût du breuvage : un colombard de chez Moderato, une jeune entreprise qui commercialise des produits sans alcool depuis 2020. « Ce jour-là, dit la dernière représentante d’une lignée de 23 générations de viticulteurs, j’ai compris qu’il y avait un chemin. » Elle a quitté Paris le lendemain avec la « certitude de devoir travailler là-dessus ».
Des tests aromatiques ont suivi, des experts ont été sollicités, des arômes testés, des dégustations tenues en secret, loin de l’exploitation pour ne pas attirer l’attention du voisinage. Un groupe WhatsApp a vu le jour avec les gens de Moderato – « une start-up, ils vont vite, ils sont réactifs ». Et un an plus tard, Laure de Lambert Compeyrot est venue célébrer cette « alliance entre tradition et marketing » au salon Wine Paris 2026. Pour la première fois, début février, le grand rendez-vous parisien du monde viticole avait d’ailleurs consacré un vaste espace aux vins sans alcool et proposé pendant trois jours des débats sur l’avenir de ces boissons qui attirent l’attention, positive ou non. Effet de mode passager ou tendance durable, le débat est ouvert.
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