- Après un revers électoral cinglant en 2020, le RN espère bien relever la barre lors des municipales de mars.
- Au-delà de sécuriser les villes déjà acquises, il lorgne des villes moyennes et rêve même de s’emparer de Nice et de Marseille.
- Le parti à la flamme pourrait aussi miser sur des alliances locales avec la droite, qui seraient lourdes de sens à l’approche de 2027.
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Élections Municipales 2026
À moins de trois semaines du premier tour des municipales, le parti à la flamme refuse de dévoiler des objectifs précis, mais son cap est tracé : « gagner un maximum de villes »
. Invitée sur BFMTV mercredi soir, la cheffe de file du Rassemblement national, Marine Le Pen, a exhorté les électeurs à ne pas « laisser passer »
le scrutin (nouvelle fenêtre). Quelques semaines plus tôt, son président Jordan Bardella visait quant à lui « plusieurs dizaines de communes »
. Avec un nombre record de 650 listes, le parti d’extrême droite mise gros.
En tout état de cause, le RN pourra difficilement faire pire que lors des précédentes municipales de 2020, organisées en pleine crise sanitaire. Hormis la prise remarquée de Perpignan (Pyrénées-Orientales) (nouvelle fenêtre), il n’avait arraché qu’une petite quinzaine de communes, surtout en conservant les mairies déjà acquises, comme le fief nordiste de Marine Le Pen, Hénin-Beaumont.
Une dynamique nationale forte… mais sans ancrage local
« Le scrutin avait été extrêmement médiocre »
, constate auprès de TF1info Gilles Ivaldi, chercheur au Cevipof-Sciences Po et spécialiste de l’extrême droite. « Le parti devrait très probablement faire beaucoup mieux cette fois-ci, d’autant qu’il est aujourd’hui dans une phase ascendante. »
Lors des européennes de 2024, le RN arrive en tête « dans 93% des près de 35.000 communes françaises, majoritairement rurales ou de petite taille »
, relève une analyse (nouvelle fenêtre) de la Fondation Jean-Jaurès publiée cette semaine. Quelques semaines plus tard, les législatives le placent comme premier groupe à l’Assemblée nationale (nouvelle fenêtre), hors alliances. Il fait alors face à un « paradoxe persistant : son poids dans les urnes ne se traduit pas par une implantation durable dans les exécutifs locaux »
, pointe l’étude.
Réussira-t-il cette fois à traduire cette dynamique nationale à l’échelon local ? Selon un baromètre (nouvelle fenêtre) réalisé par le groupe Verian pour les médias Le Monde
et L’Hémicycle
, près d’un Français sur trois serait satisfait d’avoir un maire RN, soit 17 points de plus qu’en 2020. « On sait que le RN va remporter des villes, probablement en nombre conséquent. Mais il est très difficile de savoir combien exactement »,
tempère Gilles Ivaldi. « Les municipales restent un scrutin très local, il y a toujours une grande différence avec le niveau national. »
Dans le détail, le parti à la flamme devrait conserver les mairies déjà obtenues, notamment Perpignan, où le maire sortant Louis Aliot (nouvelle fenêtre) part favori, selon un sondage Ifop pour L’Indépendant
(nouvelle fenêtre)
en décembre. Et ce, en dépit du risque d’être forcé de démissionner quelques mois plus tard, s’il est déclaré inéligible en appel dans l’affaire des assistants parlementaires RN (nouvelle fenêtre), dossier qui semble pour l’instant « assez peu peser dans la campagne des municipales »
, soulève le chercheur.
Un « bastion régional » bientôt consolidé dans le sud-est ?
Pour le reste, « dans un scénario idéal, le RN aimerait accroître sa présence dans beaucoup de villes de petite et moyenne taille »
, ajoute-t-il. À Menton par exemple (nouvelle fenêtre), station balnéaire de 31.000 habitants des Alpes-Maritimes, la députée Alexandra Masson devancerait de loin le candidat de la droite et de Renaissance, Louis Sarkozy, selon un sondage Elabe pour BFMTV et Nice-Matin
(nouvelle fenêtre) dévoilé cette semaine. Mais le parti frontiste lorgne aussi les grandes villes.
La prise la plus « probable »
est celle de Toulon (nouvelle fenêtre), où Laure Lavalette pourrait tirer profit des scandales de corruption touchant l’équipe sortante et la division de la droite, poursuit le spécialiste. Le RN convoite aussi Marseille et Nice, dont la prise hypothétique représenterait un « coup politique assez fort ».
Franck Allisio est bien placé dans les sondages pour la cité phocéenne (nouvelle fenêtre), tandis que dans le fief de Christian Estrosi, l’allié du RN Éric Ciotti maintient la pression (nouvelle fenêtre). La tâche s’y annonce malgré tout compliquée.
Une chose est sûre en tout cas, le parti d’extrême droite concentre les efforts sur la Provence-Alpes-Côte d’Azur, défiant l’implantation historique de la droite. Selon les médias locaux (nouvelle fenêtre), Marine Le Pen viendra en personne faire campagne ce week-end dans le Var. « Les autres partis d’extrême droite européens ont des bastions régionaux très forts, par exemple le nord de l’Italie pour la Ligue de Matteo Salvini. C’est très important pour eux »
, relève le politologue.
À l’approche de 2027, l’occasion de « casser le cordon sanitaire »
Pour décrocher ce bastion, le parti à la flamme ne devrait pas hésiter pas à tendre la main à la droite au second tour… avec la présidentielle en ligne de mire. Alors que le front républicain avait empêché le raz-de-marée espéré par le parti aux législatives (nouvelle fenêtre), il compte bien cette fois « casser le cordon sanitaire »
. « S’il veut l’emporter en 2027, il a besoin de l’électorat de droite. Au niveau national, les appareils partisans peuvent encore résister, mais il sait très bien qu’il peut forger des alliances localement »,
développe l’expert. « Dans tous les pays européens où l’extrême droite est arrivée au pouvoir, elle est d’ailleurs passée par là. »
Tout en ouvrant cette porte, le parti à la flamme veut maintenir coûte que coûte ses listes, avec un autre objectif en tête : placer un maximum de conseillers municipaux. À l’approche des sénatoriales en septembre, il espère sécuriser un réservoir de grands électeurs, et les 500 signatures pour candidater à la présidentielle. Mais aussi s’assurer un « maillage territorial »
précieux pour « professionnaliser le parti ». « Quoi qu’il advienne en 2027, ils ont de toute façon besoin d’avoir ces relais locaux, des cadres formés à la politique gestionnaire »,
poursuit le politologue. « C’est une pierre à l’édifice dans cette stratégie d’implantation et d’institutionnalisation à plus long terme. »










