Après un gel du dispositif MaPrimeRénov’ à la suite des circonvolutions parlementaires quant à l’adoption d’un budget, le guichet d’aide est à nouveau ouvert, confirmant le dispositif comme l’outil majeur de rénovation du parc de logements français, malgré un budget amoindri, des contrôles renforcés et un ciblage réévalué. Pourtant, ce dispositif, qui doit constituer un pilier incontournable de la transition énergétique, avec près d’un cinquième des émissions nationales de gaz à effet de serre attribuées au secteur du bâtiment, peine à produire les effets escomptés. Malgré des aides annuelles avoisinant les 4 milliards d’euros, les résultats restent en deçà des objectifs : seuls 4,6 % des logements sont classés basse consommation, tandis que les passoires thermiques persistent, représentant encore 18,5 % du parc.
Le diagnostic est sévère, mais il pointe des dysfonctionnements structurels. Au cœur du système : le diagnostic de performance énergétique (DPE). S’il constitue un progrès, il présente, dans son mode de calcul, des biais significatifs. Fondé sur la performance et non sur la sobriété, le DPE notera mieux un ménage plus riche, doté d’une plus grande surface, malgré une consommation plus élevée car le ratio volume/surface de son enveloppe, et donc son efficacité thermique, est supérieur.
Ainsi, le mode de calcul concentre les passoires thermiques dans les quartiers populaires, mais si on se basait sur la consommation par personne, elles se trouveraient dans les beaux quartiers, avec des surfaces par personne plus étendues. Au-delà, le DPE génère des effets de seuil qui, couplés à des pratiques d’évaluation parfois accommodantes, brouillent le signal envoyé aux propriétaires ainsi qu’aux investisseurs du secteur de la pierre. L’outil conçu pour guider la rénovation peine ainsi à en identifier les priorités les plus efficientes.
Cette inefficacité se retrouve dans le pilotage des aides. MaPrimeRénov’, bien que populaire, finance majoritairement des rénovations partielles – changement de chaudière ou isolation ponctuelle –, sans garantie de coordination entre ces différents travaux. Ces réalisations en silos entraînent des pertes d’efficacité estimées entre 40 % et 60 %, et ne transforment que rarement une passoire en logement performant. Seulement 2,3 % des logements rénovés grâce au dispositif atteignent les classes A ou B. En privilégiant le « geste » isolé plutôt que la rénovation globale, la politique actuelle risque d’épuiser les budgets publics sans régler le problème de fond.
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