La commission d’enquête sur l’audiovisuel public ravive un débat trompeur : faut-il défendre ou mettre en cause le service public ? Posée ainsi, la question détourne l’attention de l’essentiel car l’existence d’un service public peut se justifier, y compris d’un point de vue strictement économique, dès lors qu’existent des biens culturels que le marché ne peut pas financer. Certaines productions exigeantes, innovantes ou garantes d’une stricte pluralité des opinions ne trouvent ni modèle d’abonnement stable ni financement publicitaire suffisant.
Ces biens ne peuvent être durablement produits que par des organisations soustraites à la logique concurrentielle. Dans un espace médiatique dominé par l’immédiateté des réseaux sociaux, une telle offre conserve sa pertinence et le débat sur son principe devient secondaire. La question essentielle porte en réalité sur les conditions selon lesquelles un service public peut le demeurer.
La théorie économique apporte ici un éclairage utile. La théorie des organisations a montré que lorsque les dirigeants et les manageurs ne sont pas directement soumis à l’évaluation par un marché, comme c’est le cas des monopoles, un surplus sous forme de rente tend à apparaître. Cette manne financière est utilisée pour réguler les tensions internes en accordant à certains collaborateurs des avantages supérieurs à ceux que la concurrence autoriserait. La littérature qualifie ce phénomène d’« appropriation privée » : une partie de la valeur créée est captée par des intérêts individuels au détriment des autres parties prenantes et de la mission collective que l’organisation est censée poursuivre (M. Jensen et W. Meckling, « Theory of the Firm: Managerial Behavior, Agency Costs and Ownership Structure », 1976).
Dysfonctionnement structurel
De son côté, Harvey Leibenstein a avancé la notion d’X-inefficience associée, là encore, au surfinancement assuré par une position dominante (« Allocative Efficiency vs. X-Efficiency », 1966). L’entreprise qui bénéficie de ressources assurées a tendance à développer durablement des services coûteux même s’ils s’avèrent peu utiles ou inefficaces. Un dysfonctionnement structurel se met ainsi en place, qui encourage une consommation intégrale de la rente et une autojustification de son maintien, voire de sa croissance.
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