J’écris ces lignes alors que, par le hasard du calendrier universitaire, je me trouve à Beyrouth. C’est une expérience inouïe que je traverse : suivre d’un œil rivé sur mon écran les images apocalyptiques qui me viennent d’Iran ; et avoir l’autre œil sur ma fenêtre, d’où je vois régulièrement la fumée des frappes israéliennes sur les quartiers sud de la capitale libanaise et le défilé pêle-mêle des déplacés et des ambulances dans la rue où j’habite.
Comme dans un spectacle immersif, l’expérience d’être spectateur de la même tragédie « à distance » et « en présentiel » à la fois ; d’être témoin de la même ruine dans mon pays et au Liban. Cette ruine s’appelle le nouveau Moyen-Orient, celui que nous promettent Nétanyahou et Trump, avec, comme meilleurs collaborateurs régionaux, la République islamique d’Iran, le Hezbollah et le Hamas, mais aussi, à différents degrés et de diverses façons, tous les autres Etats ou pseudo-Etats de cette contrée décidément maudite du monde.
Oui, l’expérience d’être témoin. Car, depuis la « guerre de douze jours » [affrontements entre l’Iran et Israël au mois de juin 2025], j’observe et vis les événements de mon pays comme témoin inconsolable d’une fin déjà annoncée : celle de l’Iran. Le principal responsable de cette fin est la République islamique, qui, durant les quarante-sept années de son existence, a systématiquement travaillé à la ruine de ce pays. Elle l’a économiquement pillé, socialement étouffé, politiquement écrasé.
Un Etat voyou qui a pris son propre peuple en otage. Alors que celui-ci, pour apprivoiser cet Etat et pour retrouver sa dignité en tant que peuple, a tout essayé depuis quatre décennies : la reconstruction après l’offensive de Saddam Hussein [en 1980], la réforme, la désobéissance civile, la révolte. La réponse de cet Etat et de son Guide a été d’aller toujours plus loin dans la cruauté et l’ignominie, jusqu’à massacrer, quelques semaines seulement avant la guerre en cours, des dizaines de milliers de manifestants en deux jours.
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