Le blocage du détroit d’Ormuz confirme une tendance alarmante : les marins sont de plus en plus exposés aux multiples crises qui secouent la planète, et de moins en moins protégés par le droit maritime.
Près de 20 000 d’entre eux sont actuellement coincés dans le golfe Arabo-Persique. Ils tournent en rond dans leurs cabines, pendant que des drones et des missiles volent au-dessus de leurs têtes. Malgré les risques, une dizaine de navires traversent chaque jour ce passage, dont au moins un est visé par un projectile et prend feu. D’après le dernier décompte de l’Organisation maritime internationale, sept marins ont été tués, trois sont portés disparus et sept ont été blessés.
Les membres de l’équipage peuvent-ils refuser d’embarquer ? En théorie, oui. Depuis le 5 mars, le golfe Arabo-Persique a en effet été placé en « zone d’opérations de guerre » : les équipages souhaitant rester à bord ont droit à une prime équivalente à leur salaire, pendant au moins cinq jours, ainsi qu’à un doublement des indemnités en cas de blessure ou de décès. Mais ils ont surtout le droit de rentrer chez eux, aux frais de l’armateur, avec, en prime, deux mois de salaire.
Dans la pratique, c’est une autre histoire. « Ils ne peuvent pas rentrer car les avions sont cloués au sol, et surtout les capitaines refusent de les laisser partir car ils ne pourraient pas les remplacer », confie un de leurs représentants, basé en Inde. Les marins ne sont pas seulement coincés dans le détroit d’Ormuz, ils sont prisonniers de leurs navires.
Pendant que les pays du monde entier organisent le rapatriement de leurs ressortissants, eux n’ont pas d’autre choix que de rester. La majorité d’entre eux sont originaires de pays du Sud, comme l’Inde, les Philippines ou l’Indonésie. Un salaire mensuel de 1 500 dollars (1 300 euros environ), pour le poste le moins qualifié, représente une fortune dont dépendent leurs familles. Difficile pour eux d’y renoncer. « Le monde maritime est un petit milieu, où l’on peut facilement et rapidement être mis à l’écart », témoigne le représentant syndical.
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