A chaque fois que la télévision diffuse des images des frappes aériennes en Iran, il détourne la tête. A chaque fois, une impression de vertige le saisit et le replonge dans l’effroi de son enfance. Hochyar Omer, 44 ans, est un survivant des bombardements ordonnés par l’ancien dictateur Saddam Hussein, le 16 mars 1988, sur sa ville d’Halabja, cité kurde nichée aux confins de l’Est irakien et des hautes montagnes iraniennes.
Ce jour-là, l’usage massif d’armes chimiques, notamment de gaz moutarde et de sarin, a tué en quelques heures entre 4 000 et 5 000 habitants de cette localité et des villages alentour, selon une enquête de l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW). Halabja avait été ciblée par l’aviation de Bagdad parce qu’elle était accusée de collusion avec l’Iran, alors en guerre depuis près de huit ans contre l’Irak. L’attaque, longtemps dissimulée par le régime, est restée un symbole du « martyre kurde ». Pour Hochyar Omer, elle a été le fil de sa vie, une mémoire traumatique inscrite dans sa chair, prête à se réveiller aussitôt qu’un événement rappelle les bombes.
Il avait 6 ans et y a perdu toute sa famille, sa mère, ses six frères et sa sœur auxquels s’ajoutent 47 cousins et proches. Blotti entre les morts, il a passé un jour et une nuit de terreur avant que des secouristes iraniens ne l’extraient d’Halabja pour l’emmener à Téhéran. Hochyar Omer souffre alors de brûlures et ne voit plus rien. Il a fini par recouvrer la vue, mais garde d’importantes séquelles cutanées. « L’Iran m’a sauvé », dit-il aujourd’hui d’une voix sans apprêt. Conscient que Téhéran avait à l’époque tout intérêt à exposer à la face du monde les atrocités de Saddam Hussein, il rappelle néanmoins que les Iraniens étaient alors les premiers à leur venir en aide.
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