Le France libre : Emmanuel Macron a dévoilé, mercredi 18 mars, le nom du futur porte-avions français qui succédera en 2038 au Charles-de-Gaulle, en hommage à « l’esprit français » de « résistance » incarné par le général.
« J’ai souhaité inscrire notre futur porte-avions dans la filiation du général de Gaulle, sa vie, son destin. Les choix faits dès le mois de juin 1940, après la débâcle, disent une certaine idée de la France », a expliqué le président de la République. « Pour lui, pour nous, l’esprit français, c’est un esprit de résistance. C’est une volonté que rien n’arrête, volonté de résister pour demeurer libre. Volonté irréductible, invincible, sur le territoire national ou ailleurs face à l’occupation. Volonté qui, comme notre porte-avions, peut prendre les mers, s’il le faut, jusqu’à la victoire », a-t-il ajouté, avant de dévoiler le nom du porte-avions, le France libre.
« Dans ce nom passe la mémoire des femmes et des hommes qui se sont dressés face à la barbarie, unis pour sauver la patrie, déterminés à défendre une certaine idée de notre nation, nos compagnons de la Libération », a-t-il poursuivi. « Ce nom scelle donc pour l’avenir un serment : pour rester libre, il nous faut être craints ; pour être craint, il nous faut être puissants et pour être puissant, être prêts aux efforts », a souligné M. Macron.
Cette annonce, attendue de longue date, a été faite depuis Indret, près de Nantes, sur le site du constructeur Naval Group où seront fabriquées les deux chaufferies nucléaires du bâtiment, première étape d’un chantier titanesque.
« Notre prochain porte-avions sera de 310 mètres de long. Il déplacera 80 000 tonnes. Il disposera de deux réacteurs nucléaires. Il représentera un tonnage 1,8 fois supérieur à celui du Charles-de-Gaulle. Ces chiffres disent la dimension de l’ambition qui est la nôtre », a fait savoir le chef de l’Etat, avant de dévoiler son nom. « Un porte-avions nucléaire participe de manière indispensable à notre capacité de dissuasion », a-t-il souligné, en référence à son récent discours sur la doctrine nucléaire française à l’île Longue début mars.
« Investissement majeur »
« Rares sont les pays capables de projeter à des milliers de kilomètres de leurs côtes une telle combinaison de puissance aérienne, navale et de commandement », a-t-il encore rappelé. La construction du bâtiment va « mobiliser d’ici 2038 (…) les meilleures intelligences du pays, les savoir-faire les plus rares, les vocations les plus exigeantes. Cet exploit humain suppose l’effort de la nation », a ajouté M. Macron, précisant que ce nouveau fleuron représentera un « investissement majeur » de près de 10 milliards d’euros.
Le nouveau navire amiral, embarquant des drones et fort de trois catapultes et dont la construction vient d’être lancée, succédera en 2038 au Charles-de-Gaulle, sur lequel Emmanuel Macron a fait un déplacement remarqué le 9 mars, en Méditerranée orientale, face aux risques d’extension du conflit au Moyen-Orient.
Le chef de l’Etat a autorisé la construction de ce porte-avions de nouvelle génération en décembre, concrétisant un projet en gestation depuis 2018. Sa coque sera façonnée à Saint-Nazaire à partir de 2031.
Seuls deux pays au monde disposent de porte-avions nucléaires, les Etats-Unis (11 bâtiments) et la France. Ceux de la Chine et de l’Inde sont à propulsion classique et les autres (britannique, italien…) sont équipés de porte-aéronefs à décollage vertical, moins performants. De quoi faire du navire un symbole de la puissance militaire française, à l’heure où Emmanuel Macron met un accent particulier sur l’effort de défense, à l’image de son récent discours sur la dissuasion nucléaire qui marque l’augmentation de l’arsenal français.
Gros bémol
Le futur bâtiment « sera capable à la fois de catapulter et de récupérer des avions. Actuellement, sur la plupart des porte-avions, vous catapultez et vous reconfigurez ensuite le pont pour récupérer, ce qui limite en termes de capacité opérationnelle », souligne la présidence. Avec trois rails de catapulte, au lieu de deux actuellement, il maximisera aussi la capacité d’envol des 40 aéronefs embarqués.
Un gros bémol toutefois : la technologie électromagnétique des futures catapultes relèvera de l’américain General Atomics, source de potentielle vulnérabilité. « Le choix a été fait, et c’est un choix économique, de travailler avec les Etats-Unis, qui est parfaitement cohérent, mais il existe bien évidemment d’autres plans, un plan B, si jamais on avait des contraintes particulières », assure toutefois un conseiller présidentiel.
Le bâtiment devra aussi être « évolutif » pour pouvoir accueillir tous les types d’avions qui seront déployés pendant sa durée de vie, mais aussi des drones, le nouveau défi militaire révélé par les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient.
Un enjeu énorme. « On ne peut pas se contenter de reproduire un outil qui a été conçu à la moitié du siècle dernier », souligne le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon. « Nous aurons besoin de drones qui vont pénétrer les défenses adverses, que ce soit des drones de combat ou des munitions téléopérées, de drones ravitailleurs, de drones de surveillance… », renchérit le chef d’état-major de la marine, l’amiral Nicolas Vaujour.
La question d’un deuxième porte-avions continue aussi de se poser, alors qu’un seul bâtiment n’est disponible que 65 % du temps. « A ce stade, non », répond-on à l’Elysée.









