L’entreprise de transport routier Ziegler France, ainsi que Satra, l’une de ses filiales, ont été placées en liquidation judiciaire sans poursuite d’activité, mardi 31 mars, par le tribunal de commerce de Lille Métropole, à Tourcoing (Nord). Elles emploient environ 1 500 salariés, dont les emplois sont menacés.
« C’est un gâchis absolu », a réagi Me Jean-Louis Borie, l’avocat des salariés de Ziegler France. Ces derniers ont accueilli la décision du tribunal par des huées, certains criant « sales voleurs » et « assassins ». Placée en redressement judiciaire le 2 mars avec moins d’un mois pour trouver des repreneurs viables, l’entreprise faisait face à une liquidation judiciaire « inéluctable », a affirmé l’avocat.
« Si la situation avait été prise à bras-le-corps bien avant, il aurait pu y avoir un plan social avec peut-être un peu de casse mais moindre que celle qu’on va subir à l’heure actuelle », a souligné David Clairet, délégué syndical central CGT de Ziegler France. Les difficultés de Ziegler France sont anciennes, le tribunal de commerce ayant retenu comme date de cessation de paiements le mois de septembre 2024.
Les élus du personnel ont été laissés « totalement dans l’ignorance » de la situation économique de l’entreprise, alors qu’elle a accusé des « pertes abyssales » sur les exercices de 2023 et 2024, a encore dénoncé Me Borie. Amandine Damay, une salariée de Satra, était en pleurs à la sortie de l’audience. « Ça veut dire que c’est fini et que les portes se ferment dès ce soir (…). On s’y attendait, mais on ne voulait pas forcément y croire », a-t-elle déclaré à l’Agence France-Presse.
Les faillites, crainte principale des transporteurs routiers
Avec la flambée actuelle des prix des carburants à cause de la guerre au Moyen-Orient, trouver un ou plusieurs repreneurs solides en moins d’un mois était une mission quasi impossible. Deux autres filiales, Ziegler Services et Dornach (services informatiques), ont obtenu la poursuite de leur période d’observation jusqu’au 28 avril. Le sort d’une autre filiale, Transco, sera examiné le 13 avril, selon Me Borie. Ziegler France fait partie du groupe familial belge Ziegler, créé en 1908 et présent sur toute la chaîne logistique mondiale.
Les faillites d’entreprise constituent l’une des inquiétudes centrales des transporteurs routiers, mobilisés depuis quelques semaines contre la hausse du prix des carburants, liée à la guerre au Moyen-Orient. Un mini-plan d’aide a été annoncé, vendredi, par le gouvernement, afin d’aider certains professionnels particulièrement touchés par la hausse des prix à alléger le coût des carburants.
Pour les transporteurs, une aide de quelque 50 millions d’euros est prévue en avril pour les entreprises en difficulté, qui recevront l’équivalent de 20 centimes d’euros par litre de carburant. « Il faudrait 50 centimes. Sinon, ce sera des faillites ; on ne peut pas continuer à travailler à perte », avait assuré à l’Agence France-Presse la trésorière de la Fédération des autocaristes indépendants, et gérante de la société de location de cars Ulysse Cars, Sarah Bahezre.
« La mobilisation continue », avait déclaré lundi une porte-parole de l’Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE), qui a organisé une opération escargot lundi matin sur le périphérique parisien. A l’appel de l’OTRE, qui avait jugé samedi que l’aide de l’Etat n’était « pas à la hauteur », plusieurs dizaines de camions et cars de tourisme ont parcouru dans le calme le périphérique depuis la porte de Vincennes, occupant deux voies sur quatre pour y perturber la circulation.









