Le 1er avril, lors d’une visite officielle au Japon, le président français, Emmanuel Macron, s’est livré à un exercice de communication, pris au double sens du mot. Publicitaire, d’abord, pour vanter les mérites de la collaboration scientifique franco-japonaise. Technique, ensuite, car il a pu observer une façon inédite de transférer des informations entre la France et le Japon, tout en préservant leur secret. Le Laboratoire des systèmes intégrés micro-mécatroniques, commun entre le CNRS et l’université de Tokyo, a en effet mis au point une méthode spectaculaire pour partager entre deux endroits différents une clé de chiffrement, c’est-à-dire une succession de 0 et de 1, permettant de brouiller un texte, une image ou un son. Une photographie du laboratoire ainsi que la pré-publication scientifique des chercheurs ont ainsi été chiffrées en France par cette clé, et déchiffrée mercredi au Japon par cette même clé, sans que celle-ci ait pu être interceptée. Ni même qu’elle ait en fait été envoyée !
L’une des astuces est que l’émetteur et le récepteur, souvent baptisés Alice et Bob dans le jargon de la cryptographie, possèdent les mêmes échantillons biologiques contenant des centaines de millions de brins d’ADN, qui serviront de vecteurs pour l’élaboration des clés. « C’est comme si Alice et Bob disposaient du même livre et que les clés étaient inscrites sur leurs pages », a décrit Matthieu Labousse, chercheur CNRS au laboratoire Gulliver (CNRS/ESPCI, université Paris Sciences et Lettres), lors d’un point presse en amont de la visite présidentielle. Alice, par un simple coup de téléphone par exemple, dit à Bob quelles « pages », donc quels brins, elle utilise pour fabriquer sa clé et chiffrer le message. Bob n’a plus qu’à choisir les mêmes pages pour construire sa clé de déchiffrement, car, dans ce protocole, chiffrement et déchiffrement passent par la même clé.
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