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Iran : les difficultés économiques vont-elles contraindre Téhéran à négocier avec les États-Unis ?

Espace PresseBy Espace Presseavril 16, 2026
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Iran : les difficultés économiques vont-elles contraindre Téhéran à négocier avec les États-Unis ?

  • Washington impose un blocus sur les navires en provenance ou à destination des ports iraniens.
  • En choisissant l’étranglement économique de l’Iran, déjà fragilisé après les bombardements, l’administration américaine tente de faire plier le régime.
  • Les dégâts causés par les frappes américaines et israéliennes prendront des années à réparer et exercent une pression sur Téhéran, en quête d’aides financières pour compenser les pertes.

Suivez la couverture complète

Guerre au Moyen-Orient : fortes tensions après l’échec des pourparlers

L’Iran et les États-Unis vont-ils trouver un terrain d’entente au niveau diplomatique ? Washington et Téhéran en sont encore loin, mais les Américains ont annoncé discuter de la tenue d’une deuxième session de négociations avec Téhéran. « Nous sommes optimistes quant à la perspective d’un accord », a déclaré mercredi la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt. Le Pakistan poursuit ses efforts de médiation après une première session de discussions à Islamabad qui s’est conclue sans accord. L’influent chef de l’armée pakistanaise Asim Munir a notamment rencontré mercredi en Iran le chef de la diplomatie Abbas Araghchi. 

Les Iraniens semblent plus enclins qu’auparavant à trouver une porte de sortie. Le font-ils sous la pression ? Leur économie est en tout cas durement touchée par la guerre. Si plusieurs problèmes économiques et sociaux sont antérieurs à la récente guerre, certains d’entre eux s’aggravent. Et la situation ne devrait pas s’améliorer. Washington impose depuis lundi un blocus sur les navires en provenance ou à destination des ports iraniens, tandis que Téhéran verrouille toujours le détroit d’Ormuz. Or, selon Washington, « 90% » de l’économie iranienne dépend du commerce maritime. Les Américains ont prévenu ce jeudi 16 avril qu’ils maintiendraient leur blocus des ports iraniens « aussi longtemps qu’il faudra », a affirmé le ministre de la Défense américain Pete Hegseth.

Donald Trump « tape là où ça fait mal »

« Le blocage (nouvelle fenêtre) des ports iraniens par les États-Unis est une épine de plus dans le pied de l’économie iranienne, et leur pose un souci au niveau de l’entrée des devises étrangères. Donald Trump tape là où ça fait mal », indique à TF1info Sylvain Bersinger, économiste et fondateur du cabinet Bersingéco. 

Le blocus américain des ports iraniens va peser sur le budget du pays. Celui-ci coûtera à l’Iran environ 435 millions de dollars par jour, dont 276 millions de dollars de pertes d’exportations, principalement de pétrole brut (nouvelle fenêtre) et de produits pétrochimiques, selon une estimation de Miad Maleki, analyste au sein du groupe de recherche Foundation for Defense of Democracies, interrogé par le Wall Street Journal (nouvelle fenêtre).

Pétrochimie, sidérurgie… des secteurs clefs sciemment visés

Avant le fragile cessez-le-feu annoncé dans la nuit du 7 au 8 avril, le conflit a endommagé plus de 125.000 bâtiments résidentiels et civils, selon de premières estimations iraniennes. Les bombardements américains et israéliens ont également affecté ou détruit près de 20.000 unités industrielles. Les secteurs les plus touchés par ces frappes aériennes sont la sidérurgie, la pétrochimie ou encore la pharmacie. Autant de secteurs clefs de l’économie tournés vers l’extérieur, qui génèrent des devises étrangères.

La pétrochimie représente près de la moitié des exportations iraniennes hors pétrole, avec des recettes estimées à 18 milliards de dollars en 2023. L’acier, quant à lui, génère jusqu’à 7 milliards de dollars par an, précise le Wall Street Journal. Les États-Unis et Israël ont donc concentré leurs attaques contre le cœur de l’économie iranienne avec une volonté manifeste de mettre le pays à genoux et ainsi de tenter de faire plier le régime. 

Ces bombardements ont par ailleurs contraint de nombreuses sociétés à fermer et à mettre leurs employés au chômage. Selon Hadi Kahalzadeh, économiste iranien et ancien responsable de l’Organisation iranienne de la sécurité sociale, jusqu’à 12 millions d’emplois, soit près de la moitié de la population active, sont menacés par des mises à pied ou des licenciements. Les perturbations dans le seul secteur sidérurgique menacent plus de 5,5 millions d’emplois, auxquels s’ajoutent 1,2 million d’emplois menacés dans les industries pétrochimique et pharmaceutique, a-t-il estimé auprès du Wall Street Journal.

Un premier chiffrage avancé mardi par Fatemeh Mohajerani, la porte-parole du gouvernement iranien, estime à 270 milliards de dollars (soit 229 milliards d’euros) le montant des dégâts engendrés jusqu’à présent par le conflit. Des chiffres préliminaires et très approximatifs, a-t-elle précisé. La porte-parole du gouvernement a en outre affirmé que la reconstruction des édifices touchés par des frappes prendrait entre trois mois et deux ans. De quoi inciter Téhéran à maintenir le canal diplomatique des négociations. 

Une très forte inflation

« Les difficultés de l’économie iranienne ne vont faire que s’accroître à la faveur des bombardements et du blocage des ports. La monnaie va chuter un peu plus et l’inflation sera encore en hausse », analyse Sylvain Bersinger. Dans une note publiée fin mars par Bersingéco, le cabinet explique que l’économie iranienne est « bridée par des forces externes et internes ». D’une part, les sanctions internationales, dont Téhéran souhaite la levée complète, « privent le pays de flux commerciaux et monétaires, freinant l’investissement et le développement de l’industrie ». D’autre part, à l’intérieur du pays, les Gardiens de la révolution « contrôlent de larges pans de l’économie, ce qui asphyxie la concurrence et la possibilité pour les entrepreneurs de s’attaquer aux monopoles établis ». Cette insuffisance de l’investissement et de l’offre est « à la racine d’une inflation chronique qui a atteint 42% en 2025 ». 

L’inflation pèse directement sur le quotidien des Iraniens, en particulier sur les produits de base, l’alimentaire et les médicaments. Elle devrait encore augmenter dans ce pays puisque, à la suite des manifestations contre les autorités de décembre 2025 et janvier 2026, la monnaie a perdu environ la moitié de sa valeur par rapport au dollar, ce qui devrait attiser la hausse des prix des produits importés. Les bombardements devraient eux aussi avoir « un effet inflationniste en accroissant les pénuries », relève Bersingéco.

Pas d’effondrement à court terme…

Il semble toutefois peu probable qu’un effondrement intervienne à court terme. « La crise va s’aggraver, mais, pour autant, il n’y a pas de risque que l’économie s’effondre totalement », estime Sylvain Bersinger. « Les Iraniens ont peut-être encore des années pour absorber le choc. » Selon ce spécialiste, la relative diversification de l’économie iranienne, la présence d’un tissu artisanal et agricole robuste ou encore un compte courant globalement excédentaire sont autant de forces qui donnent plus de résilience que n’en aurait une économie pauvre totalement dépendante des hydrocarbures. 

« Si vous enlevez le pétrole (les hydrocarbures représentent 10% du PIB, ndlr), tout ne s’effondre pas en Iran », explique-t-il. Et ce d’autant plus que l’Iran dispose de certains amortisseurs, à court terme, notamment un appareil étatique habitué aux sanctions et une économie informelle qui devraient lui permettre d’éviter un effondrement immédiat, rappelle Le Monde (nouvelle fenêtre).

… mais des effets économiques et sociaux durables ?

Une éventuelle prolongation du conflit pourrait toutefois entraîner des destructions irréversibles et engendrer un désastre social. « Si la guerre se poursuit ou si un cessez-le-feu est conclu sans levée des sanctions, les chaînes d’approvisionnement resteront perturbées et les entreprises continueront de fermer, alimentant la colère publique et le mécontentement économique (…) La probabilité d’un regain de troubles sociaux augmentera », estime auprès du Monde Hadi Kahalzadeh. Pour Sylvain Bersinger, les conséquences politiques de la crise économique sont toutefois difficilement prévisibles. « La pauvreté peut aussi bien entraîner une rébellion de la population qu’une soumission », estime-t-il. 

Quoi qu’il advienne de la suite de la guerre, l’économie du pays pourrait mettre des années, voire des décennies, à se redresser. Ces craintes des autorités iraniennes expliquent sans doute pourquoi le régime des mollahs demande notamment des compensations financières et des réparations de guerre dans son plan en dix points constituant une base de négociation.


Julien CHABROUT

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