- Jean-Luc Mélenchon affirme que l’augmentation des maladies, comme l’hantavirus, peut être liée à des facteurs environnementaux.
- En effet, le changement du climat entraine des migrations d’animaux et l’augmentation ou l’émergence de zoonoses.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
Après la détection d’un foyer d’hantavirus sur un navire de croisière en partance d’Argentine et de onze cas déclarés, dont trois personnes décédées, la situation sanitaire est sous contrôle, selon les autorités qui se refusent à parler d’épidémie. L’inquiétude a pourtant été présente avec le souvenir encore frais de la pandémie de Covid-19. D’autant que ces événements pourraient être amenés à se reproduire, selon Jean-Luc Mélenchon. Ainsi, le fondateur de La France insoumise assure, dans un message posté le 6 mai sur X, que les zoonoses, ces maladies transmissibles de l’animal à l’homme, vont « se multiplier à cause de la chute de la biodiversité et du changement climatique ».
Et de citer l’hantavirus comme un « nouvel exemple de maladie écologique ».
Une affirmation renouvelée au cours d’un meeting, quelques jours plus tard. « Les zoonoses se multiplient à cause du changement climatique et de la chute de la biodiversité. Ce sont les virus qui passent des animaux aux êtres humains. Le tourisme de masse et les méga-élevages participent de leur propagation »,
a déroulé le candidat déclaré à l’élection présidentielle. Aujourd’hui, le rôle des animaux dans la transmission de maladies est non négligeable, puisque 60% des maladies infectieuses humaines ont historiquement une origine zoonotique et que 75% des maladies infectieuses émergentes sont des zoonoses, selon l’Organisation mondiale de la santé animale (nouvelle fenêtre).
Que sait-on maintenant du poids de la biodiversité et du climat dans la multiplication de ces zoonoses ? Une étude (nouvelle fenêtre), parue dans la prestigieuse revue Nature en 2022, affirme que « plus de la moitié des maladies pathogènes humaines connues pourraient être aggravées par les changements climatiques ».
Pour le prouver, elle a identifié plus de 1.000 voies de transmission « par lesquelles les aléas climatiques ont entraîné des cas de maladies pathogènes ».
Selon les scientifiques, « le réchauffement climatique (160 maladies distinctes), les précipitations (122), les inondations (121), la sécheresse (81), les tempêtes (71), les changements de couverture terrestre (61), les changements climatiques océaniques (43), les incendies (21), les vagues de chaleur (20) et l’élévation du niveau de la mer (10) ont tous influencé »
des maladies et notamment celles déclenchées par « des animaux (45) ».
Le moustique du Kenya et Nairobi
La biodiversité régresse avec la déforestation ou la disparition d’espèces, le climat se dérègle, ce qui entraine des migrations d’animaux et la modification de leurs habitudes, comme le souligne le climatologue François Gemenne : « Tous les animaux qui sont vecteurs de ces maladies transmissibles à l’homme changent de zones d’habitat en fonction du réchauffement climatique ».
Interrogé, le chercheur revient sur un exemple précis observé au Kenya : « Le moustique là-bas transporte la malaria (le paludisme, NDLR) transmissible à l’homme. Il aime les températures chaudes. Pour éviter qu’il ne pique les dirigeants et acteurs économiques kenyans et internationaux, la ville de Nairobi, située en altitude, a été choisie en 1963 comme capitale. Sauf qu’avec le réchauffement des températures, y compris en altitude, le moustique s’est désormais étendu jusque dans la capitale car elle est plus chaude qu’avant. »
De la même manière, le lien entre le comportement des tiques, responsables de la maladie de Lyme, et la hausse des températures a été largement documenté. Une étude française (nouvelle fenêtre) de 2020 conduite en Europe a permis de « mettre en évidence l’impact du changement climatique sur les cycles de développement »
de ces parasites. Les chercheurs concluent que « le métabolisme et la régulation des fonctions physiologiques (des tiques, NDLR) dépendent de la température extérieure »
et que « le changement climatique conduit à l’augmentation des risques de transmission d’agents pathogènes vectorisés ».

Autre exemple avec la leptospirose, une maladie qui se transmet par l’eau contaminée par les urines de rongeur – soit de la même manière que l’hantavirus – et dont le nombre de cas a augmenté ces dernières années en France. Selon une étude (nouvelle fenêtre) de l’Institut Pasteur en 2016, le réchauffement climatique, avec la manifestation d’hivers plus doux, figure parmi « les raisons de l’émergence »
de la maladie, qui ne « sont pas clairement identifiées et sont probablement multiples ».
La « pullulation » des rongeurs
À la manière du moustique, le rongeur est responsable de nombreuses zoonoses à travers le monde. C’est le cas de l’hantavirus, avec le rat pygmée de rizière (nouvelle fenêtre) à longue queue présent en Argentine et en particulier dans le centre du pays où le climat est plus doux qu’ailleurs et lui convient le mieux. Il a pu être étudié comment le climat change les habitudes de ces animaux, à mesure qu’il se réchauffe.
Comme le souligne l’écologue Philippe Grandcolas, « les rongeurs, pour une partie de l’année, mangent des graines issues d’espèces végétales. Avec le réchauffement climatique, des pluies plus intenses et des étés plus chauds, les quantités de ces graines sont beaucoup plus importantes et les rongeurs ont plus de nourriture. Ils connaissent des pics de reproduction qu’on appelle même ‘pullulation' ».
Une observation que l’on retrouve dans une étude (nouvelle fenêtre) de 2020, menée entre 1997 et 2017 dans le nord de l’Argentine. Étant de plus en plus nombreux, ces rats se retrouvent inévitablement plus en contact avec les hommes. Ce que l’on constate dans le développement d’autres maladies, comme la leptospirose.
Dans un rapport (nouvelle fenêtre) republié en 2019 sur le virus des Andes, le ministère argentin de la Santé évoque lui-même le rôle environnemental dans sa propagation : « Les changements climatiques, les prédateurs, l’intervention humaine sous forme d’abattages ou de défrichements, ainsi que l’introduction d’espèces exotiques ou les changements dans l’agriculture et l’urbanisation pourraient modifier la dynamique des populations de rongeurs sauvages qui servent de réservoirs, favorisant leur prolifération et, par conséquent, l’émergence d’infections à hantavirus chez l’homme. »
C’est à ce titre que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande (nouvelle fenêtre) une approche transversale pour combattre le virus, qui prend en compte « les liens entre la santé humaine, les réservoirs de rongeurs et l’environnement ».
Mais davantage de documentation est nécessaire pour faire un lien direct entre changement climatique et propagation de l’hantavirus. « Ce rongeur et le virus des Andes sont très peu étudiés »,
appuie François Gemenne. « Il y a très peu de recherches et c’est la raison pour laquelle il n’y a pas de carte récente de l’évolution de sa zone d’habitat. »
Depuis juillet 2025, l’Argentine a enregistré 101 cas (nouvelle fenêtre) d’hantavirus et 32 décès liés à la maladie.
Pour l’heure, une équipe scientifique argentine doit se rendre à Ushuaïa et étudier le rongeur, censé être à l’origine de ce nouveau foyer d’hantavirus. Les résultats de ces prélèvements sont attendus dans les prochaines semaines.
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