- Régulièrement, le paracétamol fait l’objet d’allégations portant notamment sur des risques potentiels pour les femmes enceintes ou leur enfant à naître.
- L’influenceuse Maeva Ghennam a récemment déclaré que la prise de Doliprane pendant une grossesse pouvait risquer de « féminiser » le fœtus.
- Nous avons interrogé deux chercheurs qui nous expliquent ce que l’on sait aujourd’hui sur cet effet du Doliprane.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
Dans l’un de ses messages quotidiens adressés à sa communauté, l’influenceuse Maeva Ghennam a partagé ses doutes envers le Doliprane. L’ex-star de la téléréalité a assuré ne pas consommer ce médicament durant sa grossesse, malgré sa douleur aux jambes, pour éviter de « féminiser »
son futur enfant si c’était un garçon.
« C’est ma gynéco qui me l’a dit : le Doliprane, si vous avez un garçon, il y a eu des études comme quoi ça féminise. Je ne veux pas que mon enfant soit féminisé »,
explique Maeva Ghennam à ses trois millions d’abonnés sur Instagram, dans une story publiée mercredi 27 mai et qui a disparu depuis.
Mais l’extrait, capturé, est toujours relayé sur TikTok (nouvelle fenêtre). Sous la vidéo, des commentaires alertent : « Concernant le Doliprane, elle a raison, l’étude existe bien. » « Premier degré oui le Doliprane ça fait ça c’est prouvé scientifiquement. »
Des propos relayés par deux influenceuses
Des propos déjà tenus par l’influenceuse quelques semaines plus tôt et là encore isolés sur TikTok (nouvelle fenêtre). « Vous savez ce qu’elle m’a dit ma gynéco ? Elle m’a dit de ne pas prendre de Doliprane, parce qu’apparemment les Doliprane, ça féminise. Et en Finlande, ils ne prennent pas de Doliprane. C’est dit nationalement parce que ça féminise. Depuis que je suis enceinte, je ne prends pas de Doliprane »,
avançait déjà la jeune femme.
Dans une autre vidéo (nouvelle fenêtre), l’influenceuse Poupette Kenza avertissait elle aussi ses abonnés : « Quand tu prends du Doliprane enceinte ou du paracétamol, soi-disant il y a des études qui ont été menées qui disent que ça féminiserait les garçons dans le ventre ».
Des propos partagés là encore à une large communauté et qui ne reposent sur aucun consensus scientifique.
Auprès de TF1info, le professeur Mathieu Molimard, chef du service de pharmacologie au CHU de Bordeaux et chercheur Inserm, tient à rappeler que « le Doliprane est le meilleur médicament contre la douleur et la fièvre pendant la grossesse. Mais le moins possible et avec la durée la plus courte, à la plus faible dose. Une fois que vous respectez ces règles-là, les risques sont très faibles ».
Le spécialiste ajoute d’ailleurs qu’en cas de « fièvre, il peut être dangereux pour le fœtus et la grossesse de ne pas prendre de paracétamol »
, le principe actif présent dans le Doliprane.
Maintenant, que comprend-on par un médicament qui « féminiserait » le fœtus ? En réalité, le terme utilisé par Maeva Ghennam n’a pas forcément le sens auquel elle pense. « On appelle ça féminisation, mais en fait, les études ont recherché un défaut de descente des testicules dans les bourses pendant la vie fœtale »,
aussi appelé scientifiquement « cryptorchidie »,
décrypte Séverine Mazaud-Guittot, chercheuse en biologie à l’université de Rennes et à l’Inserm. « Cette malformation diagnostiquée à la naissance est le reflet du degré d’imprégnation de testostérone produit par le bébé garçon pendant la vie fœtale. »
L’influenceuse que nous avons contactée ne nous a pas précisé si c’est ce à quoi elle faisait référence ici.
Une étude finlandaise et danoise pas conclusive
Toutefois, des études ont bien été menées afin de savoir si la prise de paracétamol ou d’ibuprofène pouvait avoir une influence sur le développement de l’appareil génital d’un fœtus. C’est le cas d’une étude menée en 2010 auprès de femmes danoises et finlandaises. Il est d’ailleurs probable que l’évocation de la Finlande par Maeva Ghennam vienne de là. Selon cette étude, relayée par l’Inserm (nouvelle fenêtre), « les femmes danoises qui prennent de l’aspirine et/ou de l’ibuprofène (antalgiques) pendant leur grossesse voient le risque de donner naissance à des garçons présentant une anomalie de l’appareil génital significativement augmenter par rapport à celles qui s’abstiennent d’en prendre ».
Mais, dans cette étude, la même méthode appliquée aux Danoises et aux Finlandaises ne donne pas les mêmes résultats puisque ce risque ne se retrouve pas chez les secondes. De plus, l’étude concerne une association de médicaments via une prise simultanée de paracétamol, d’ibuprofène et d’aspirine, et c’est le rôle particulier des anti-inflammatoires qui est scruté.
Enfin, ces observations n’ont pas été confirmées par des méta-analyses, des études qui viennent faire la synthèse de toutes les études parues sur le sujet et qui, si elles sont bien menées, sont considérées comme « la meilleure preuve scientifique »
, selon le chercheur de l’Inserm. « Dans une méta-analyse
publiée en 2017
(nouvelle fenêtre), ré-analysant les études de populations parues sur le sujet, il n’a pas été possible de conclure à un effet d’une exposition du bébé au paracétamol sur la survenue de cette malformation »,
souligne Séverine Mazaud-Guittot. « Comme on ignore pourquoi certaines de ces études ont montré une telle association, d’autres recherches sont nécessaires pour dissiper les éventuels doutes. »
Pas de mésusage du médicament
Une autre analyse de ce type, parue en 2026 (nouvelle fenêtre), n’a pas trouvé non plus de « preuve liant l’exposition in utero au paracétamol aux malformations génitales externes chez les garçons »
, mais recommande des « recherches supplémentaires axées sur les filles »,
car « aucune méta-analyse n’a pu être réalisée chez (elles) en raison du manque de données ».
Pour autant, selon Mathieu Molimard, la littérature scientifique publiée sur le sujet est claire et précise : « De nombreuses études ont été faites depuis plus de quarante ans, depuis qu’on suit le paracétamol, et aucun élément n’atteste d’une ‘féminisation’ du fœtus' ».
En l’espèce, l’influenceuse ne devrait pas consommer de paracétamol en cas de douleurs aux jambes, comme elle le décrit. En effet, Mathieu Molimard et Séverine Mazaud-Guittot rappellent que le Doliprane n’est pas indiqué pour soigner les jambes lourdes et douloureuses, ou pour la circulation du sang en général. Le médicament contient un principe actif agissant seulement sur la fièvre et la douleur.
Le chercheur en pharmacologie résume : « On ne prend un médicament que s’il est nécessaire. Il a une efficacité attendue et un bénéfice attendu ».
À ce propos, l’Agence nationale de sécurité du médicament précise que (nouvelle fenêtre) « le paracétamol peut être utilisé pendant la grossesse et l’allaitement, en utilisant toujours la dose efficace la plus faible possible pendant une durée la plus réduite possible ».
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