- L’épicéa est partout en Europe, parfois à des altitudes où l’homme l’a lui-même planté pour des raisons économiques.
- Cette espèce est colonisée par un insecte nommé le scolyte typographe.
- Il laisse des traces dans le bois et menace la survie de l’espèce végétale.
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De longues galeries naissent lentement dans le bois. Ces traces abstraites sont presque poétiques. Peut-être avez-vous déjà vu des troncs d’arbres striés de longs traits, comme des gravures laissées là par la nature ? Il s’agit certainement de la marque des scolytes typographes. On trouve ce coléoptère dans les forêts d’épicéa de toute l’Europe. En France, on en voit par exemple dans le Jura, dans les Alpes et même dans les Vosges, plantés par l’homme. Or, le scolyte typographe est « le premier ravageur de l’épicéa »
et détruit les forêts, notamment artificielles, à petit feu, alerte Louis-Michel Nageleisen, ingénieur forestier à la retraite, depuis plusieurs décennies.
Des forêts d’épicéas sont vouées à disparaître à cause du scolyte typographe
Toute la vie de ces insectes a lieu dans et autour des arbres. Avant l’accouplement, les mâles creusent une galerie dans l’écorce pour que des femelles les y rejoignent. Chaque femelle crée ensuite sa propre galerie, dans le sens des nervures du bois, pour y pondre ses œufs. Quand ceux-ci éclosent, les larves, à leur tour, creusent le bois, à l’horizontale cette fois. Et le cycle recommence.
Aussi fascinante soit-elle, cette espèce participe en fait à la destruction des forêts d’épicéa. Si les arbres sains arrivent à repousser l’implantation des mâles en faisant couler de la résine, les arbres plus affaiblis ne réussissent pas toujours à les empêcher d’installer leur espace d’accouplement sous l’écorce. Or, le changement climatique et les événements naturels intenses – fortes chutes de neige, tempêtes, sécheresse ou longue canicule – ont tendance à affaiblir les arbres. Les scolytes typographes en profitent alors pour s’installer et coloniser de nouveaux troncs.
« Avec la tempête de 1999, les arbres ont été renversés par le vent. Ces chablis ont attiré les typographes
, explique Louis-Michel Nageleisen à TF1info. Les insectes se sont reproduits sur les arbres renversés, puis ils ont attaqué les arbres qui sont restés debout, verts, eux-mêmes même affaiblis en 2003 par une
sécheresse
. »
L’enchaînement de ces événements climatiques extrêmes tue massivement les épicéas. La même vague s’est répétée entre 2018 et 2022, notamment dans les Vosges, où les arbres sont morts massivement après avoir été colonisés.
Le réchauffement climatique accélère le cycle de vie des scolytes typographes
Les conditions climatiques actuelles et les canicules, plus intenses et fréquentes cette année, vont créer de nouvelles vagues de colonisation du typographe. « Quand il fait très chaud, le cycle de développement de l’insecte s’accélère,
détaille le spécialiste. Il n’est pas limité biologiquement, ce sont uniquement les conditions de température qui vont influer sur l’éclosion de l’œuf et les différents stades larvaires. »
Plus les journées sont chaudes, plus le coléoptère a une évolution rapide et donc plus vite il peut se reproduire et créer une nouvelle génération capable d’aller coloniser d’autres arbres.
On assiste donc à un « double effet du réchauffement climatique, sur la vigueur de l’arbre et au niveau de population de l’espèce »
. Pour Louis-Michel Nageleisen, cela ne fait aucun doute, « tous les épicéas qu’on a plantés trop bas – en dessous de 1.000 mètres – sont condamnés à court terme ». « Le ravageur est là. Si les épicéas souffrent de la sécheresse, ils ont une épée de Damoclès au-dessus de la tête. »
Le scolyte typographe a beau être « l’espèce la plus dangereuse pour les arbres en Europe »
, ce n’est pas le seul scolyte à mettre les végétaux en danger. « Le pin, le chêne ou le hêtre peuvent être colonisés par d’autres scolytes s’ils sont affaiblis »,
conclut l’ingénieur forestier.
Lola BRETON pour TF1 Info









