- Le candidat Renaissance à la présidentielle a été visé par une vague de désinformation en ligne, qui relève très probablement de l’opération Matriochka.
- Ces opérations pro-russes consistent à multiplier les faux contenus en interpellant des journalistes et en saturant l’espace numérique.
- Dans un contexte électoral, elle vise plus largement à déstabiliser le débat public et le bon déroulement du vote lui-même.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
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À moins d’un an de l’élection présidentielle, les opérations de déstabilisation se sont enchaînées en quelques jours seulement. Après le patron de Place publique, Raphaël Glucksmann, et celui d’Horizons, Édouard Philippe, le chef de file de Renaissance, Gabriel Attal, s’est lui aussi retrouvé face à une vague de calomnies en ligne (nouvelle fenêtre) ces derniers jours. Dans son cas, toutes ces publications appartiennent à une même campagne, attribuée à des acteurs pro-russes : Matriochka.
Le service gouvernemental chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques étrangères, Viginum, confirme à TF1info qu’il impute ces contenus, « avec une confiance élevée »
, à ce « mode opératoire informationnel »
, qui n’a pas attendu l’échéance de 2027 pour se déployer (nouvelle fenêtre).
Une « petite graine » semée… et reprise en série auprès de journalistes
Au fil de ces publications, diffusées sur le réseau X et répérées initialement (nouvelle fenêtre) par le compte de surveillance des fermes à trolls Antibot4Navalny, les fausses affirmations se sont enchaînées contre Gabriel Attal. Une vidéo en anglais assure par exemple que son père est décédé d’une overdose de cocaïne, et que l’ex-Premier ministre d’Emmanuel Macron est lui-même touché par cette « addiction »
. D’autres prétendent qu’il est atteint de la maladie de Parkinson ou encore qu’il « supervise la sélection des candidats »
à Sciences Po Paris, selon le site d’investigation indépendant russe The Insider (nouvelle fenêtre), qui a dénombré huit vidéos au total. Autant d’affirmations sans aucun fondement.
Dans la foulée de ces contenus, Édouard Philippe a lui aussi été visé mercredi par cette même campagne, selon Antibot4Navalny. Le format est souvent le même : ces vidéos empruntent la charte graphique et le nom de vrais médias français, comme RFI, BFMTV, Libération
ou encore Le Figaro
. On recense également des fausses Unes de journaux. Un mode opératoire typique de l’opération Matriochka, active depuis au moins septembre 2023 et considérée comme une « ingérence étrangère »
par Viginum. Comme les poupées gigognes à qui elle doit son nom, cette campagne repose sur une stratégie en différentes strates (nouvelle fenêtre).
Dans un premier temps, une affirmation est publiée sous la forme de faux contenus journalistiques par une série de comptes, appelés les « seeders »
, détaillait Viginum dans un rapport de 2024 (nouvelle fenêtre). « Ils vont semer une petite graine »
, expliquait l’année suivante dans une vidéo (nouvelle fenêtre) Hervé Letoqueux, à l’époque chef de la division des opérations de cet organisme public.
Puis, dans un second temps, « d’autres comptes associés à ce mode opératoire vont pousser ces contenus sur les réseaux sociaux à destination de personnalités, de médias ou d’ONG, de fact-checkeurs par exemple, en leur demandant de vérifier ces fausses informations »
, détaillait le spécialiste. Concrètement, ces comptes « quoters »
(qui citent) vont interpeller leurs cibles sur ces plateformes ou par courriel. Dans le cas des publications visant Gabriel Attal, Les Vérificateurs ont eux-mêmes été sollicités par ce type de profils sur X.
Une campagne de désinformation au profit d’intérêts pro-russes
Ces opérations s’étirent souvent sur plusieurs heures, « avec un intervalle moyen de quarante-cinq secondes entre chaque quote (citation) »
, selon Viginum. L’objectif est clair : saturer les capacités d’investigation des journalistes et jeter la lumière sur ces fausses informations, qui sont souvent peu virales. Les publications visant Gabriel Attal que nous avons pu consulter atteignaient en général quelques dizaines de milliers de vues seulement. Une visibilité en plus gonflée grâce à « la maîtrise de techniques
d’amplification artificielle par les opérateurs
(nouvelle fenêtre) »
de cette campagne, selon un service de l’État. « Le nombre de vues ne correspond pas au nombre réel d’utilisateurs l’ayant visionnée. La visibilité de ces opérations reste faible en général »
, insiste la même source.
En parallèle, ces opérations visent en même temps à décrédibiliser les journalistes et organismes de fact-checking, et plus largement « les analyses de médias occidentaux »
, d’après Viginum. Cette campagne sert en effet des intérêts pro-russes, avec un « faisceau d’indices concordants, suggérant l’implication d’un acteur étranger »
. Depuis le début de la guerre en Ukraine, elle s’est d’ailleurs massifiée contre la France et plus largement contre les soutiens de Kiev. Ces dernières années, elle s’est par exemple déployée lors des Jeux olympiques de Paris (nouvelle fenêtre) ou au moment du vol de bijoux au musée du Louvre (nouvelle fenêtre).
Les campagnes électorales, terrain idéal ?
Les périodes de campagne électorale leur offrent aussi une occasion toute trouvée pour déstabiliser l’adversaire. Matriochka avait déjà sévi lors des dernières municipales, avec de faux reportages remettant en doute le bon déroulement du vote, selon un rapport de Viginum (nouvelle fenêtre). L’objectif n’était alors pas « de chercher à convaincre les audiences des narratifs diffusés, mais (de) faire parler d’eux afin de déstabiliser notre espace informationnel et de brouiller un peu plus notre capacité à distinguer les frontières entre vrai et faux »
, a analysé dans un récent entretien (nouvelle fenêtre) Anne-Sophie Dhiver, cheffe de service adjointe de l’organisme français.
Plus largement, des candidats nommément visés sont aussi tentés de communiquer sur ces opérations, voire d’en exagérer l’effet, ce qui peut pousser certains, à terme, à demander des annulations de vote (nouvelle fenêtre). « Il y a aussi un autre objectif vraiment fondamental : susciter le doute sur l’intégrité du scrutin, et faire en sorte que l’élection elle-même soit jugée irrégulière »
, a appuyé ce jeudi sur LCI le chercheur Maxime Audinet, spécialiste de l’influence numérique russe, dans la vidéo en tête d’article. Si chaque candidat ciblé réagit, « on va finir par avoir une espèce d’engrenage et de cacophonie généralisée »
, a-t-il mis en garde.
Cette campagne n’est d’ailleurs pas la seule à poursuivre cet objectif. Une autre opération pro-russe, Storm 15-16, véhicule elle aussi des narratifs anti-occidentaux et anti-ukrainiens. Elle cible quant à elle directement des dirigeants européens et implique des individus et proches du pouvoir russe, selon Viginum. C’est cette campagne qui a pris pour cible Édouard Philippe et Raphaël Glucksmann ces derniers jours. Autant de menaces pour le débat public, contre lesquelles le Premier ministre Sébastien Lecornu a exhorté à mener un « travail commun »
avec toutes les formations politiques.
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Maëlane LOAËC, Felicia SIDERIS









