- Opposé à un report de l’âge légal de départ à la retraite, Jean-Luc Mélenchon a débattu avec six autres candidats à la présidentielle ce jeudi, en direct sur LCI.
- Le chef de file de La France insoumise a assuré qu’en travaillant plus longtemps, les Français verraient leurs problèmes de santé augmenter.
- Ce discours est globalement confirmé par des travaux de spécialistes, même si les conséquences d’un allongement des carrières varient en fonction de la nature des emplois.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
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Le premier débat entre candidats à la présidentielle a eu lieu ce jeudi sur LCI. À l’occasion de la Rencontre des entrepreneurs de France (REF) organisée par le Medef à Roland-Garros, sept candidats en lice pour l’Élysée ont répondu aux patrons français. Sur scène, on retrouvait notamment Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise.
Lorsqu’il a évoqué la question des retraites, l’ancien député a réaffirmé son opposition à un report de l’âge légal, prôné par certains de ses adversaires. « Les gens que vous ferez partir plus tard à la retraite tomberont malades davantage et augmenteront les budgets de santé »
, leur a-t-il lancé.
Des impacts positifs et négatifs du travail sur la santé
Le discours de Jean-Luc Mélenchon repose sur des arguments en apparence assez logiques. Source potentielle de stress, le travail peut par ailleurs s’accompagner de facteurs de pénibilité : exposition au bruit, port de charges lourdes, maniement ou inhalation de substances dangereuses… Autant d’éléments susceptibles d’altérer la santé, et dont vont se prémunir les travailleurs lors de leur départ à la retraite.
Une hypothèse inverse peut toutefois être avancée : « L’environnement de travail apparaît
[…] plus stimulant sur le plan cognitif que la retraite »
, écrivaient (nouvelle fenêtre) ainsi en 2022 les professeurs en sciences économiques Thomas Barnay et Éric Defebvre. « Plusieurs auteurs corroborent cette hypothèse et mettent en évidence l’influence négative de la retraite sur les capacités cognitives, les maladies chroniques, la dépression ou la mobilité. »
Il s’agit ici de deux « hypothèses avérées scientifiquement »
, confie à TF1info Thomas Barnay. Spécialisé dans les liens entre le travail et la santé, ce professeur de l’Université Paris-Est Créteil reconnaît qu’il est « difficile de solder ces deux effets contraires »
. Un travail minutieux auquel il s’est toutefois attelé avec son confrère, et qui a permis au duo d’effectuer des découvertes intéressantes. « Ce que l’on a découvert, c’est non seulement que la retraite est bénéfique pour la santé des personnes qui ont eu un travail pénible, mais qu’elle l’est également chez les autres »
. Sans surprise, « ceux qui occupaient des emplois exposés à une forte pénibilité affichent des gains plus importants »
, mais ils ne sont pas seuls à profiter d’un effet positif de la retraite sur la santé. En clair : les ouvriers ou les agriculteurs ne sont pas les seuls concernés.
Ces travaux, publiés (nouvelle fenêtre) dans une revue scientifique à comité de lecture en 2021, viennent prolonger les conclusions d’autres chercheurs, qui avaient déjà planché (nouvelle fenêtre) sur ces questions par le passé. « À la suite de la réforme Balladur de 1993
[qui induisait entre autres un allongement de la durée de cotisation, ndlr], ils avaient mis en évidence une dégradation de la santé perçue des personnes peu diplômées, plus enclines à connaître des carrières physiquement pénibles. »
Les études donnent globalement raison à Jean-Luc Mélenchon
Si Thomas Barnay tient à rappeler que le travail peut aussi s’accompagner d’effets bénéfiques en matière de santé, il ne contredit pas Jean-Luc Mélenchon et estime qu’un « recul de l’âge de la retraite sans réflexion conduirait à la dégradation de la santé de manière prématurée »
. La prise en compte de la pénibilité lui semble ainsi un élément important, ouvrant la voie à des conditions de départ anticipé pour les salariés les plus exposés.
Le professeur de sciences économiques revient également sur l’impact positif de la retraite sur la santé des travailleurs n’ayant pas été confrontés à une importante pénibilité. Il s’agit d’un élément quelque peu surprenant, mais qui s’explique par une particularité française peu enviable. « L’exposition aux risques psychosociaux touche autant les ouvriers que les cadres. Le mal-être au travail apparaît comme un symptôme très franco-français. C’est pour cette raison que toutes les catégories de travailleurs vont tirer un bénéfice de la retraite »
en matière de santé perçue.
Le dernier point soulevé par Thomas Barnay concerne les difficultés qui peuvent être rencontrées sur le marché du travail en fin de carrière. Le taux d’emploi des séniors – c’est-à-dire les individus dans la tranche d’âge 55 à 64 ans – progresse mais reste faible, ne dépassant pas 62% (nouvelle fenêtre). Et pourrait chuter en cas de report de l’âge légal de départ à la retraite ou d’allongement de la durée de cotisation. Les quelque 40% de séniors qui ne travaillent pas subiraient doublement ces mesures, puisqu’elles continueraient à subir le chômage et ses conséquences néfastes sur la santé physique et mentale, sans pouvoir bénéficier des effets positifs de la retraite.
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