- Deux ans après les faits, un procureur vient de rouvrir l’enquête sur une affaire de viol au sein de l’université de Cornell, dans l’État de New York.
- Une jeune femme de 20 ans affirme avoir été droguée et violée par sept membres d’une fraternité étudiante, qui avaient alors écopé de sanctions mineures.
- De nouveaux éléments, ignorés à l’époque par la justice, laissent penser que l’institution a minimisé les faits.
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Un fleuron de l’enseignement supérieur en Amérique au cœur de la polémique (nouvelle fenêtre). La prestigieuse université de Cornell, dans l’État de New York, se retrouve empêtrée depuis quelques jours dans un scandale qui suscite une vague d’indignation sans précédent, notamment sur les réseaux sociaux. Près de deux ans après les faits, le procureur du comté de Tompkins, Matthew Van Houten, a en effet rouvert, lundi 28 septembre, une enquête pour un viol collectif présumé commis par plusieurs élèves de l’établissement.
Dans une plainte déposée au civil, une étudiante, âgée de 20 ans au moment des faits, affirme avoir été droguée et violée par sept membres de la fraternité Chi Pi, âgés de 19 à 21 ans, une organisation d’élèves uniquement masculins où elle s’était rendue avec un ami, le soir du 19 octobre 2024. Après avoir minimisé les faits auprès de ses camarades dans un premier temps, elle s’était rendue auprès de la police du campus, trois semaines plus tard, pour dénoncer son agression.
Un témoignage incomplet jusque-là
À l’époque, l’affaire s’était soldée par la fermeture de la fraternité, l’exclusion de deux élèves et des sanctions allant de l’exclusion temporaire à la participation à des ateliers de sensibilisation aux violences sexuelles. En revanche, après l’ouverture d’une enquête pénale, le même procureur avait finalement décidé de ne pas engager de poursuites criminelles, faute d’éléments suffisants, selon lui.
Si Matthew Van Houten a décidé de rouvrir le dossier, deux ans plus tard, c’est parce que la défense de la jeune femme, surnommée Jane Doe pour les besoins de la procédure, lui a fourni de nouveaux documents. Et notamment le contenu complet du témoignage de la victime, en lieu et place d’un résumé de six pages dont il disposait jusque-là.
Dans sa déclaration écrite d’origine, Jane Doe disait avoir consommé de l’alcool et de la kétamine de son plein gré au début de la soirée, rendant difficile de prouver l’absence de consentement au regard de la loi. Mais dans l’enregistrement audio intégral de son témoignage, elle décrit non seulement une situation qui « s’apparentait à de la coercition »
, mais aussi qu’elle était « sûre à 100% d’avoir été violée »
.
S’ajoutent à ces nouveaux éléments des échanges de SMS accablants pour les agresseurs, mais aussi le contenu d’un rapport médical, établi trois jours après les faits, la jeune femme expliquant à un médecin qu’elle craignait d’avoir contracté une infection urinaire « à la suite d’une agression »
.
Une institution montrée du doigt
« Je crois que toutes ces informations n’ont pas été partagées avec la police car elles renfermaient les preuves de plusieurs crimes »
, a expliqué auprès de CNN son avocat Thomas P. Guiffra, soulignant qu’à l’époque le résultat de l’enquête administrative n’a été communiqué qu’à la direction de l’université et aux avocats des personnes concernées.
Montrée du doigt, la direction de Cornell assure soutenir la décision du procureur de rouvrir les investigations, rappelant avoir pris des sanctions, même si elles paraissent bien dérisoires au regard de la gravité des faits. Car pour de nombreux observateurs, c’est bien l’institution qui est remise en question, au-delà de la responsabilité individuelle des accusés.
C’est déjà arrivé avant et je déteste l’idée que ça puisse arriver à nouveau
C’est déjà arrivé avant et je déteste l’idée que ça puisse arriver à nouveau
Florence Pugh, actrice
Pour la représentante démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, cette affaire témoigne de la « culture du viol »
au sein des établissements d’élite et d’un système qui protège les agresseurs. « Cette survivante en a terminé avec ses études parce qu’on ne peut pas rester à l’université quand quelque chose comme cela vous arrive »
, a-t-elle déclaré.
Plusieurs figures du showbiz ont également pris la parole ces derniers jours. C’est notamment le cas de la comédienne britannique Florence Pugh qui, dans un message poignant sur Instagram, s’est dite « horrifiée »
par cette affaire. « C’est déjà arrivé avant et je déteste l’idée que ça puisse arriver à nouveau. »
La star de la saga Avengers
et du prochain Dune 3
encourage les hommes à prendre la parole et à « participer avec les femmes à la discussion sur la manière de mettre fin à la complicité avec ce type de comportement. Soyez en colère pour nous ! Le moment est arrivé où vous, hommes, devez être aussi horrifiés et dégoûtés que nous ! »
Si l’affaire prend une ampleur sans précédent aux États-Unis, c’est aussi en raison des débats enflammés qu’elle engendre sur les réseaux sociaux. Alors que de nombreux internautes réclament la fermeture définitive des fraternités étudiantes, d’autres dénoncent la chasse à l’homme contre les « Cornell 7 » dont les noms et les photos circulent allègrement, au mépris de la procédure et de leur sécurité.