- La France emprunte depuis mercredi 21 octobre à un taux supérieur à 5%, du jamais-vu depuis le début du XXIᵉ siècle.
- Comment contenir cette hausse pour soulager les finances publiques ? Certains leviers dépendent de l’État… mais pas tous.
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Budget : dernier examen périlleux
avant la présidentielle de 2027
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Emprunter de l’argent coûte de plus en plus cher à la France. Mercredi 21 octobre, le taux d’emprunt de la France à dix ans a terminé la séance au-dessus de la barre symbolique de 5%, une première depuis 2002. Un niveau inquiétant, qui continue de grimper, après avoir déjà flambé tout au long de l’année 2026. En février dernier, avant le début de la guerre au Moyen-Orient, ce taux évoluait autour de 3,2%. Un seuil qui était déjà assez élevé, mais qui apparaît désormais comme un lointain souvenir.
Un taux à plus de 5% a de lourdes conséquences pour un État dont les finances publiques sont déjà dans le rouge. Chaque année, emprunter sur les marchés pour rembourser la dette ou financer les politiques publiques va coûter de plus en plus cher. Un cercle vicieux dans lequel la France n’est pas condamnée à rester. Plusieurs leviers peuvent être activés, dont certains dépendent des décisions du gouvernement et des parlementaires.
Ce que la France peut faire…
- Maîtriser ses dépenses publiques
Pour rassurer les investisseurs, et donc limiter la hausse des taux ou les faire baisser, la France doit apporter des gages de bonne tenue de ses comptes. Autrement dit : réduire son déficit public. Pour cela, l’examen du budget, actuellement en cours au Parlement (nouvelle fenêtre), constitue un levier central. L’exécutif a ainsi annoncé que le déficit ne devrait pas excéder 5% du PIB l’an prochain. Un niveau certes toujours élevé – les objectifs européens imposent de revenir sous les 3% -, mais déjà moins que celui prévu pour 2026 : 5,4%. Encore faut-il le tenir…
- Retrouver une stabilité politique
…car la situation politique du pays rend cet objectif très incertain. Depuis les élections législatives anticipées de l’été 2024 (nouvelle fenêtre), l’absence de majorité à l’Assemblée nationale rend l’adoption des projets de loi complexe, encore sur les textes budgétaires, traditionnellement uniquement votés par les soutiens du gouvernement : difficile pour des oppositions de se mêler à des mesures d’économies impopulaires, encore plus à l’approche d’échéances électorales. L’instabilité politique actuelle rend, en outre, quasiment impossible l’adoption de réformes structurelles.
Pour limiter le déficit public, l’un des leviers peut aussi être d’augmenter la richesse produite dans le pays. Or, cet indicateur est quasiment à l’arrêt. Au premier trimestre 2026, le PIB en volume a reculé de 0,1% par rapport au trimestre précédent, avant de grimper de 0,2% au deuxième trimestre, selon l’Insee (nouvelle fenêtre). Le gouvernement table sur une croissance annuelle de 0,5% (nouvelle fenêtre), ce qui serait la plus faible pour la France depuis 2012 (hors année 2020 liée au Covid-19). Pourtant, plus il y a de croissance, plus les recettes fiscales progressent, plus l’État peut payer sa dette, plus les investisseurs sont rassurés… et donc plus le taux d’emprunt peut diminuer.
Ce que la France peut espérer…
- Une politique monétaire favorable
Tout n’est toutefois pas entre les mains de la France. À commencer par la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE). Si la BCE décidait de baisser ses taux directeurs, cela diminuerait par répercussion l’ensemble des taux d’emprunt des pays de la zone euro, y compris celui de la France. Reste qu’elle ajuste essentiellement ses taux en fonction de l’inflation : plus les prix progressent, plus elle augmente ses taux afin de lutter contre cette hausse de prix. Dès lors, puisque l’inflation s’accélère, les investisseurs s’attendent plutôt à ce que la BCE relève ses taux à court terme.
- Une amélioration de la situation géopolitique
La France peut surtout espérer un règlement des différents conflits. La guerre au Moyen-Orient, déclenchée en février dernier, a entraîné une forte hausse des prix de l’énergie, qui pèsent sur l’inflation. Si les prix refluaient, la BCE pourrait assouplir sa politique monétaire et les taux pourraient suivre la même tendance.
Cela jouerait également mécaniquement sur la croissance, les prix élevés de l’énergie pesant de plus en plus lourd dans le budget des entreprises et des ménages. Avec une amélioration de la situation, la richesse produite par le pays comme la consommation pourraient repartir à la hausse. Cela ne règlerait cependant pas tous les problèmes : notre taux d’emprunt augmente bien plus vite que celui de nos voisins, à commencer par l’Allemagne. Signe que la prime de risque propre à la France est bien plus importante…