Un tableau noir est accroché à l’entrée du garage d’une maison bleue, à Calais (Pas-de-Calais) : « Don’t forget enjoy living » (« n’oubliez pas de profiter de la vie »). Ce 10 mars, derrière un comptoir en bois, des dizaines de téléphones et de batteries se gorgent d’électricité. Les fonds d’écran laissent transparaître des fragments d’intimité de leurs propriétaires : une image de Jésus-Christ, des photos de famille, un selfie, une étendue d’eau. Pendant ce temps de chargement collectif, un concert de sonneries s’improvise. Un appel à la prière est recouvert par une mélodie de piano.
C’est ici que Brigitte Lips, une retraitée calaisienne de 69 ans, mère de 4 enfants, accueille des migrants qui tentent de rejoindre le Royaume-Uni afin qu’ils rechargent leurs téléphones. Du lundi au vendredi. Matin, midi et soir. Et ce, depuis plus de vingt ans.
Brigitte est capable de mettre un visage sur chaque appareil. « Ce téléphone, c’est celui d’un Iranien à qui j’ai donné des chaussures. Il avait perdu les siennes en mer. » Elle gère les demandes avec un système de tickets. « Le 27 bis, it’s full [“c’est rechargé”] ! », dit-elle, en débranchant trois téléphones rangés dans un bac. « Le ticket, ça rappelle la guerre, mais je suis obligé de le faire, pour que tout le monde puisse retrouver son portable. »
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