Aux Etats-Unis, Barkley Hendricks (1945-2017) est désormais une référence historique. Après une rétrospective muséale qui a circulé entre 2008 et 2010, la présentation de ses portraits parmi les chefs-d’œuvre anciens de la Frick Collection de New York en 2023 a achevé la consécration de cet artiste afro-américain. Mais, en Europe, il a été très peu montré. Aucun musée français n’avait jugé bon de reprendre l’excellente exposition « Soul of a Nation : Art in the Age of Black Power » à la Tate Modern, à Londres en 2017. La présentation d’un ensemble de ses travaux par la galerie Marian Goodman est sa première exposition personnelle en Europe.
Elle est à la fois précieuse, ne serait-ce que pour cette raison, et frustrante, parce qu’elle ne montre qu’une partie de Hendricks. L’essentiel est dans les autoportraits et portraits qu’il peint à partir de 1969. Visitant les musées européens en 1966, il y vérifie à quel point ces genres sont essentiels non seulement dans l’histoire de l’art, mais dans l’histoire politique et sociale des peuples. Or la communauté dans laquelle il est né, les Afro-Américains descendants d’esclaves, n’a été célébrée jusqu’alors que par très peu de portraits aux Etats-Unis. L’exercice est presque exclusivement réservé aux élites blanches, qui ont l’argent et le pouvoir. Aussi commence-t-il une galerie de portraits de modèles féminins et masculins, nus ou vêtus, sur fond neutre ou dans des décors très calculés, exécutés avec la maîtrise acquise en étudiant Van Eyck, Holbein, Caravage et Rembrandt. Les sous-entendus satiriques et parodiques sont fréquents, dans les costumes, les postures et les titres. Mais on n’en verra qu’un exemple dans l’exposition, un jeune homme noir sur fond rose, en tenue de sport, intitulé John Wayne…
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