LETTRE DE RIO DE JANEIRO
Installée à son bureau dans le quartier de Sao Cristovao, dans le nord de la Ville merveilleuse, Angela Rabello, 74 ans, archéologue au Musée national de Rio, fait défiler sur l’énorme écran de son ordinateur des croquis de poteries, de cordelettes à nœuds incas ou encore de masques égyptiens. « J’adorais cette pièce ! On aurait dit un chat ivre et vagabond », dit en riant cette femme qui porte une chevelure très blanche et de grandes lunettes, en montrant le dessin d’une momie antique de félin un peu amorphe.
« Quelle chose magnifique ! », s’émeut-elle encore en montrant l’esquisse d’une céramique amazonienne représentant une femme potelée à l’air triste. « On m’a déjà dit qu’elle ressemblait à une œuvre de [du peintre colombien Fernando] Botero [1932-2023]», rigole-t-elle, de sa voix chevrotante et chaleureuse.
Ces dessins, qu’elle a réalisés au crayon, représentent quelques-uns des milliers d’objets du musée dévastés par un violent incendie. Dans la nuit du 2 au 3 septembre 2018, un court-circuit dans le système de climatisation de l’auditorium du Palais colonial qui abrite l’institution déclenche un feu qui détruit 85 % de la collection du musée, la plus importante d’Amérique du Sud, composée de quelque 20 millions de pièces paléontologiques, ethnographiques, anthropologiques et géologiques. Pour éviter que la mémoire de ces objets, témoins de milliers d’années d’histoire, ne disparaisse à jamais, la photographe franco-brésilienne Livia Melzi, passionnée de muséologie, a encouragé Angela Rabello, la plus ancienne employée du musée, à les dessiner, de mémoire, dans le cadre d’un projet artistique.
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