- La cour criminelle de Seine-Saint-Denis a condamné vendredi l’un des agresseurs de Jérémie Cohen à dix ans de réclusion criminelle.
- Il a été reconnu coupable de violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
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Décès de Jérémie Cohen, percuté par un tramway à Bobigny
L’affaire avait suscité une très vive polémique (nouvelle fenêtre), jusque dans le milieu politique. Quatre ans après les faits, la justice a tranché dans l’affaire Jérémie Cohen. Vendredi 20 février au soir, la cour criminelle de Seine-Saint-Denis a reconnu que Miguel Dorothée, ancien manutentionnaire intérimaire, était bien coupable de violences en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Le président de la cour, Christophe Petiteau, lui a expliqué que les magistrats avaient estimé que « les violences répétées »
avaient été « la cause directe de sa fuite et donc du décès »
.
Pour comprendre l’affaire, il faut remonter au 16 février 2022, à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Ce soir-là, Jérémie Cohen, 31 ans, qui souffrait de troubles psychiques, est violemment frappé en pleine rue (nouvelle fenêtre). Quelques secondes après le dernier coup, il tente de fuir ses agresseurs en traversant les voies du tramway, avant d’être mortellement percuté par une locomotive.
Violences en réunion
Une vidéo, récupérée par sa famille auprès d’un touriste étranger, montre alors l’étendue des violences et la collision, survenue seulement treize secondes après le dernier coup. La diffusion des images provoque un choc dans l’Hexagone. D’autant qu’en pleine campagne présidentielle de 2022, l’affaire prend une dimension nationale et des responsables politiques, en particulier Marine Le Pen et Éric Zemmour, alors tous deux candidats (nouvelle fenêtre), s’en emparent. « Du tumulte médiatique et des récupérations »
, a déploré la défense lors du procès.
Si les violences n’avaient pas eu lieu, Jérémie Cohen serait encore vivant
Si les violences n’avaient pas eu lieu, Jérémie Cohen serait encore vivant
Théo Lemettre, avocat général
Sur le fond du dossier, et interrogé par les magistrats sur la raison des coups portés à Jérémie Cohen (nouvelle fenêtre) ce soir-là, Miguel Dorothée a assuré l’avoir vu se masturber dans la rue et, selon lui, aurait alors voulu lui « mettre une correction »
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Mais c’est une toute autre question qui a animé les échanges, celle de savoir si les coups portés ont un lien direct avec la mort. « Si les violences n’avaient pas eu lieu, Jérémie Cohen serait toujours vivant »
, a soutenu Théo Lemettre, l’avocat général, pour qui il s’agit « d’un lynchage doublé d’un effet de groupe ».
Une version contestée par la défense : l’avocat de Miguel Dorothée, Me Kamel Derouiche, a souligné que sur la vidéo, les coups étaient difficiles à distinguer, tout en affirmant que « ce qui est insoutenable, c’est l’accident de la circulation »
.
Dans cette affaire, un autre prévenu, âgé de 27 ans, a lui été condamné à trente mois d’emprisonnement dont quinze avec sursis pour violences en réunion. Sa peine ferme étant aménageable, il est ressorti libre du tribunal et les deux condamnés peuvent encore faire appel de la décision.










