- Nous avons pu le constater lors des élections municipales, des sourires remplissent souvent les affiches électorales.
- Des chercheurs affirment que ces visages rayonnants relèvent souvent du calcul politique.
- Les femmes crispées sur les photos se retrouvent davantage pénalisées par les électeurs dans les urnes que les hommes.
Souriez et vous serez élus. Le sourire devient-il une exigence politique silencieuse ? Une enquête, réalisée par les chercheurs Iona Astier (économie publique à l’université Panthéon Sorbonne) et Quentin Lippmann (sciences économiques à l’université Aix-Marseille), montre que le sourire permet d’obtenir deux points de plus en moyenne qu’un candidat qui ne sourit pas.
L’étude se base sur plus de 9.000 professions de foi réalisées à l’occasion des législatives françaises de 2022 et 2024. Pour rappel, les électeurs reçoivent ces documents avant le scrutin. Il présente à la fois le programme et la photographie du candidat ou de la candidate. Sur celles-ci, les femmes apparaissent plus souriantes que leurs homologues masculins : une intelligence artificielle (nouvelle fenêtre), utilisée par les chercheurs, considère souriantes près de 80% des femmes contre moins de 60% des hommes. « Une femme qui ne sourit pas obtient environ deux points de moins qu’un homme ne souriant pas. Pour un homme, sourire est donc un atout. Pour une femme, c’est davantage une condition pour éviter une pénalité »
, constatent les chercheurs dans leur étude relayée par le site The Conversation (nouvelle fenêtre).
Pour vérifier l’effet du sourire sur les intentions de vote, les chercheurs ont mené une deuxième expérience. Ils ont interrogé 1.000 personnes en ligne représentatives de la population française. Ils leur ont soumis des paires de photographies de candidats et de candidates fictifs générées par intelligence artificielle : chaque candidat fictif disposait d’une photographie souriante et l’autre neutre. Les électeurs potentiels devaient choisir entre ces deux versions de candidats. « Les résultats préliminaires indiquent qu’une expression neutre réduit les intentions de vote pour tous les candidats, mais que cet effet est plus marqué pour les femmes. Ne pas sourire réduit leurs chances d’être choisies d’environ trois points de pourcentage supplémentaires par rapport aux hommes »
, observent les auteurs de l’étude.
Les contraintes des femmes pour accéder au pouvoir
Les chercheurs estiment que le rôle du sourire vient des stéréotypes de genre. « Ils font des femmes des personnes naturellement chaleureuses, attentives aux autres et peu enclines à l’agressivité, tandis que les hommes seraient associés à la compétitivité, à l’assurance et à la maîtrise émotionnelle »
, rappellent-ils. En d’autres termes, le sourire révèle les normes sociétales qui s’imposent aux femmes pour accéder à des rôles de pouvoir. Les électeurs attendent les femmes « sur le registre de la chaleur et de l’empathie »
. Mais en tant que responsables politiques, elles doivent « incarner l’autorité et la fermeté »
, des qualités « associées au masculin »
: « Si elles affichent trop de chaleur, elles risquent d’être jugées insuffisamment crédibles ou moins compétentes. À l’inverse, si elles adoptent les codes de sérieux et de distance, valorisés en politique, elles s’exposent aux critiques de froideur, de raideur ou de manque d’empathie »
, regrettent les chercheurs. Ils citent les exemples d’Hillary Clinton ou d’Élisabeth Borne, perçues comme froides et rigides. « Les ressorts de la victoire électorale ne sont pas nécessairement ceux de l’exercice du pouvoir »
, renchérissent-ils.
À l’inverse, si les femmes expriment de la chaleur et de l’empathie, les électeurs pourraient les percevoir comme moins compétentes. Les chercheurs y voient une charge émotionnelle pour les femmes : « Le sourire devient alors un outil d’ajustement qui réduit la tension entre ces exigences contradictoires, une manière de ‘compenser’ l’accès à une fonction de pouvoir encore perçue comme une transgression du rôle féminin. Cette contrainte oblige les femmes à investir davantage dans le contrôle de leur image »
, analysent les chercheurs.
Pour les chercheurs, les stéréotypes associés aux hommes correspondent d’emblée à ceux de l’exercice du pouvoir : « Cette concordance leur offre une plus grande liberté émotionnelle. Se montrer chaleureux n’est pas considéré comme une transgression, c’est une simple marque d’accessibilité, qui ne retire rien à leur crédibilité »
, concluent-ils.









