Le « M. Lumière » d’Albert Serra se nomme Artur Tort Pujol. Le trentenaire espagnol est le directeur de la photographie et le monteur de Tardes de soledad, premier documentaire du réalisateur catalan, né en 1975 à Banyoles (Espagne). Collaborateur régulier du cinéaste, Artur Tort Pujol a également signé l’image de Pacifiction (2022), ce qui lui a valu un César de la meilleure photographie, et assuré le montage de La Mort de Louis XIV (2016).
Tardes de soledad est le portrait stupéfiant d’une star de la tauromachie, Andres Roca Rey, saisi dans l’effroi de l’arène, au fil d’une douzaine de corridas à Séville, Madrid… Le face-à-face entre le torero et l’animal est filmé au téléobjectif, en plan serré, évacuant le public des gradins. Plusieurs fois, le spectateur verra dans les yeux du taureau la vie en train de le quitter.
C’est aux Bouffes du Nord, à Paris, dans la patine des murs du théâtre, que nous avons rencontré tour à tour les deux complices. Albert Serra, fine moustache, y réglait les derniers détails du concert unique d’Ingrid Caven, le 22 février, qu’il a mis en scène, tandis qu’Artur Tort Pujol préparait la captation du spectacle. D’emblée, Albert Serra veut évacuer le malentendu : « Je ne suis pas un aficionado de la tauromachie. J’ai vu des corridas avec mon père, quand j’étais enfant, mais, à 13 ans, j’ai arrêté. C’était aussi le moment où la tauromachie devenait moins populaire. Ensuite, pendant trente ans, je n’y suis pas retourné. »
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