• La saison des feux a démarré très brutalement, avec de nombreux feux dévastateurs qui ont même touché la forêt de Fontainebleau, du jamais-vu depuis des décennies.
  • La reconstruction de ces massifs pose de grands défis : si la régénération naturelle est précieuse, elle n’est parfois pas suffisante pour réhabiliter un site dévasté.
  • Sous l’effet du dérèglement climatique, la recherche de plantes plus résistantes à la sécheresse est aussi incontournable.

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Depuis « la fin de la Seconde Guerre mondiale », la France n’avait jamais affronté autant d’incendies en même temps, ravageant 35.000 hectares depuis le début de l’année. L’alerte a été lancée ce jeudi par Emmanuel Macron (nouvelle fenêtre) lui-même depuis la forêt de Fontainebleau, où un feu historique a déjà brûlé 2.000 hectares, soit 10% du poumon vert francilien (nouvelle fenêtre). Mobilisés depuis plusieurs jours déjà, les pompiers tentent toujours de l’éteindre. En parallèle, la réflexion débute sur la reconstruction de ce massif emblématique, qui bénéficiera d’un « guichet unique » de collecte des fonds pour « rebâtir » la forêt (nouvelle fenêtre), annoncé par le président. 

Une fois que chaque foyer d’incendie sera complètement éteint, une tâche fastidieuse qui devrait prendre plusieurs semaines (nouvelle fenêtre), les agents de l’Office national des forêts (ONF) évalueront l’ampleur des dégâts. « Des abattages de bois brûlés sont probables, ne serait-ce que pour des raisons de sécurité », explique à TF1info Marion Toutchkov, experte de la défense des forêts contre les incendies au sein de cet organisme chargé de la gestion des forêts publiques. En revanche, « si les arbres ont une bonne probabilité de rester vivants, on peut décider de les laisser ainsi ». À condition qu’ils ne soient pas envahis par les scolytes, des insectes destructeurs. 

« L’arbre se régénère » : dans le Sud, des espèces déjà résilientes

La question se posera ensuite pour les parcelles complètement ravagées, avec deux stratégies possibles : laisser la nature se régénérer seule, ou l’accompagner avec des plantations. Les choix dépendent des spécificités de chaque massif, mais en règle générale, la première option est davantage utilisée dans le sud du pays, et la seconde dans le nord.

Dans le premier cas, « on a des espèces qui se sont adaptées au feu et qui reviennent d’elles-mêmes après l’incendie », alors que dans le reste du pays, « toutes les espèces ne sont pas capables de le faire, en particulier sur les nouveaux territoires du feu, et ont besoin d’un petit coup de pouce dans certains cas », souligne Marion Toutchkov. Sous l’effet du dérèglement climatique, le risque incendie remonte déjà vers le nord du pays (nouvelle fenêtre) et sa progression va encore s’accélérer dans les décennies à venir. 

Dans le Sud du pays, ce risque gagne en intensité, mais au niveau des régions méditerranéennes par exemple, historiquement confrontées aux feux, les forêts présentent une vraie capacité de résilience. « Elles ont développé des stratégies », abonde Bernard Prévosto, chercheur en écologie forestière au sein de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). « Le pin d’Alep possède par exemple des cônes fermés renfermant des graines, qui ne s’ouvrent que sous l’effet du feu. Ils libèrent alors leurs graines, et l’arbre se régénère », illustre l’expert, spécialisé sur ces zones. Ce qui n’est pas le cas du pin sylvestre, très présent en forêt de Fontainebleau (nouvelle fenêtre) notamment. 

Sur un même massif, des stratégies à combiner

Les spécificités des conditions locales peuvent aussi entrer en ligne de compte. En Gironde, où plus de 12.500 hectares avaient été parcourus par les flammes en 2022 (nouvelle fenêtre), l’ONF a notamment misé sur la régénérescence naturelle dans les zones sous son contrôle à la Teste-de-Buch (nouvelle fenêtre). Dans l’ouest du massif, les semis se comptent en milliers par hectare. « Les arbres sont plus stressés du fait de la proximité de l’océan. Donc instinct de survie, ils produisent plus de cônes, et potentiellement il y a plus de graines », expliquait en mai dernier dans un podcast (nouvelle fenêtre) Fabrice Carré, technicien forestier territorial de la commune. 

Certains arbres ont aussi survécu à l’incendie, si bien que « sur les 1.050 hectares qui ont brûlé, il y a environ un quart de la surface où les peuplements sont toujours en place », a-t-il salué. À l’est du massif en revanche, la forêt peine à se refaire d’elle-même, et les agents de l’ONF ont alors planté du pin maritime et du chêne liège. « Sur un même massif, on peut avoir plusieurs stratégies d’action en parallèle », appuie Bernard Prévosto.  

D’autant que même dans les zones où les végétaux parviennent à s’adapter, ils peuvent être pris de court par la rapidité des changements climatiques (nouvelle fenêtre). Les incendies, de plus en plus fréquents, peuvent détruire au bout de quelques années seulement de jeunes peuplements, qui sont plus vulnérables au feu et ont besoin de plusieurs décennies pour devenir adultes. L’accroissement de la sécheresse et la multiplication des attaques d’insectes menacent aussi. Plus de 900.000 hectares (nouvelle fenêtre) de forêts françaises sont aujourd’hui dégradés.

Replanter des espèces mieux adaptées, autant de « défis » à relever

L’ONF travaille donc de longue date à la plantation d’espèces mieux adaptées au dérèglement du climat, notamment via la « migration assistée », qui consiste à implanter plus au nord des arbres déjà présents sur le sol national. « Ces espèces font déjà cette translation naturellement, mais le changement climatique va trop vite », insiste Marion Toutchkov. Le projet Giono (nouvelle fenêtre) vise par exemple à choisir des graines de hêtres et de chênes du Sud de la France, ensuite plantées en forêt de Verdun, dans la Meuse. 

Le gestionnaire des massifs publics élabore aussi des « îlots d’avenir », pour tester sur de petites parcelles très contrôlées de nouvelles essences plus à même de résister à un climat de plus en plus chaud et sec. Certaines proviennent même de l’étranger, comme l’arganier, une plante du Maghreb qui fait l’objet d’expérimentations dans la zone méditerranéenne. 

Dans un cas comme dans l’autre, les agents doivent vraiment travailler sur mesure, en prenant en compte une myriade de critères, tels que l’adaptation de la plante au type de sol, sa résistance aux dégâts de gibier, aux aléas climatiques locaux… « Une espèce du Sud est généralement plus vulnérable aux fortes gelées, or avec le changement climatique, il n’est pas exclu qu’on ait aussi des coups de froid importants (nouvelle fenêtre) en hiver dans certaines régions », souligne par exemple Bernard Prévosto. Bref, « il y a tellement de défis à relever que c’est difficile de trouver l’essence parfaite », résume Marion Toutchkov. 

L’ONF mise donc sur la « forêt mosaïque », avec des plantations diversifiées sur un même massif, pour « ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier », appuie l’experte. D’autant que les opérations elles-mêmes sont particulièrement coûteuses et doivent être réalisées au bon moment. Après un incendie justement, le sol est endommagé. « Dans les départements les plus secs, on risque de forts taux d’échec », souligne-t-elle. La pousse, elle, est particulièrement lente, tandis que la menace climatique s’accentue. « L’adaptation prend du temps mais on fait au mieux, aussi vite que possible », assure la forestière. « Tout ce qu’on aura fait, ce sera toujours ça de gagné. Si tel ou tel îlot d’avenir s’en sort, c’est peut-être grâce à lui que la forêt de demain se constituera. »

Maëlane LOAËC

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