C’est le procès d’un homme mutique et singulier. Depuis le premier jour d’audience, lundi 31 mars, Mohamed Medjdoub n’a pas desserré les dents, pas même pour confirmer son identité. Il n’a pas fait valoir son droit au silence, non, il n’a rien dit, sans un regard pour la cour, les yeux fixement plantés sur le mur en face de lui. Tout juste a-t-il, à l’occasion, esquissé un sourire, satisfait ou moqueur. Un bloc de radicalité, parfaitement étanche à l’institution judiciaire.
Pour tenter de cerner la personnalité de cet ancien étudiant en informatique algérien, sympathisant de l’organisation Etat islamique (EI), qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité devant la cour d’assises spéciale de Paris pour un attentat à la bombe qui avait fait 15 blessés devant une boulangerie lyonnaise, le 24 mai 2019, il a fallu s’en remettre à ses proches, aux enquêteurs et aux experts qui se sont succédé à la barre durant trois jours.
« J’ai rarement vu, sinon jamais, un engagement aussi total dans la démarche radicale, a souligné, lundi, le psychiatre Daniel Zagury, pourtant rompu à l’exercice. C’est un véritable dictionnaire de la radicalité. Il n’exprime aucun affect, il est ce qu’il doit être, dans une adhésion totale à l’islam. Il est dans un rapport de sacralité à lui-même, car il ne s’appartient plus. Il est désormais libéré des conflits humains fondamentaux, apaisé, dans la certitude d’être dans le vrai. »
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