Il paraît qu’en occitan, « rabalaïre » désigne un homme qui va à droite et à gauche, s’invitant chez les uns et chez les autres. Qui musarde, autrement dit, au gré du vent et de sa fantaisie, accueillant l’inattendu. Musarder en toute liberté dans les formes du théâtre contemporain est un plaisir régulièrement offert par le Théâtre de la Bastille, qui ne fait pas exception en ce mois d’avril : dans les deux salles de la rue de la Roquette se jouent deux spectacles qui font souffler un vent libertaire on ne peut plus bienvenu, par les temps qui courent.
Le premier, s’avançant avec, à son fronton, son titre irrésistible, Et j’en suis là de mes rêveries, adapte un passage de Rabalaïre, le formidable feuilleton occitan de plus de mille pages publié chez P.O.L. par le cinéaste Alain Guiraudie en 2021. Le hasard a fait que la ligne narrative choisie par le jeune metteur en scène Maurin Ollès soit la même que celle adaptée par Guiraudie lui-même dans Miséricorde, son dernier film, magistral, sorti en octobre 2024. Et pourtant, ce n’est ni tout à fait la même ni tout à fait une autre histoire qui se raconte ici, avec les moyens du théâtre, ce qui redouble encore le plaisir pour les spectateurs qui ont vu le film.
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