Il ne faisait pas bon vivre dans la tête de Maurice Ravel (1875-1937). Atteint d’une maladie neurodégénérative, le père du légendaire Boléro meurt en 1937, à l’âge de 62 ans. Loin de baisser les bras devant la maladie, il a tout tenté pour se maintenir à flot. Un quotidien réglé à la minute près, une créativité enserrée par la ferme structure du travail, des efforts épuisants pour préserver sa mémoire et, en dernier recours, une trépanation qui ne servira à rien puisqu’elle le plongera dans un coma dont il ne se réveillera plus.
Proposé au Théâtre Silvia-Monfort, à Paris, Dans le cerveau de Maurice Ravel est un spectacle épatant, une immersion subtile dans les derniers jours du compositeur, mise en scène par Julien Fisera. Aussi alerte qu’une toccata, sa représentation évite le piège du biopic pour lui préférer un face-à-face désopilant entre le musicien désorienté (formidable Vladislav Galard qui a coécrit le texte avec Julien Fisera) et Madame Reveleau, sa gouvernante.
Tout à la fois cuisinière, aide-soignante, confidente, Madame Reveleau était à Ravel ce que Céleste Albaret (1891-1984) était à Marcel Proust (1871-1922) : un pilier. Incarnée par le délicieux Thomas Gonzalez, chignon haut sur la tête, tablier blanc de soubrette et plumeau à la main, la servante en impose.
Il vous reste 52.87% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.