Le Venezuela vit un bouleversement complet du modèle pétrolier hérité de feu le président Hugo Chavez (1999-2013), d’inspiration socialiste. L’Assemblée nationale du pays a approuvé, jeudi 29 janvier, sous la pression des Etats-Unis, une réforme de sa loi sur les hydrocarbures qui doit ouvrir le secteur au privé et réduire les impôts, permettant la signature de contrats plus avantageux pour les entreprises. Cette réforme, qui va ouvrir la porte à l’investissement étranger, survient moins d’un mois après la spectaculaire intervention militaire américaine qui a conduit à la capture du président Nicolas Maduro, le 3 janvier.
« Adoptée à l’unanimité, en conséquence, la réforme de la loi organique des hydrocarbures est ainsi promulguée pour l’histoire, pour l’avenir, pour nos filles et nos fils », a lancé le président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodriguez, frère de Delcy Rodriguez, la présidente par intérim qui a succédé à M. Maduro. « Je félicite les travailleurs du secteur pétrolier qui vont mettre en œuvre les éléments les plus importants de cette réforme de la loi. (…) Nous devons construire ensemble, indépendamment de la manière dont nous concevons la prospérité de notre République », a-t-il conclu.
Le président américain, Donald Trump, qui ne cache pas son intérêt pour les réserves vénézuéliennes, a affirmé qu’il allait contrôler le secteur, qualifiant Mme Rodriguez de « formidable ». Celle-ci a donné au président américain de nombreux gages de bonne volonté et de coopération.
Exploration concurrentielle
L’exploitation pétrolière était jusqu’ici l’apanage de l’Etat ou d’entreprises mixtes dont l’Etat détenait la majorité. La réforme de la loi par le gouvernement de M. Chavez en 2006 a limité l’activité des acteurs privés, imposant une participation majoritaire du public dans toutes les entreprises, fixant des impôts élevés et confiant la distribution à l’Etat.
La nouvelle version de la loi autorise la signature de contrats permettant aux entreprises privées d’exploiter, de distribuer et de commercialiser la production sans participation de l’Etat. Elle doit aussi rendre l’exploration concurrentielle, qui était jusqu’à maintenant réservée à ce dernier.
Les différents impôts vont être remplacés par une contribution unique maximale de 15 % ainsi que des redevances maximales (royalties) de 30 % des revenus bruts. L’idée est d’avoir de la flexibilité : l’exécutif déterminera les taux d’imposition selon l’état d’avancement, la rentabilité et la taille des investissements de chaque projet. L’Etat peut ainsi par exemple baisser les impôts si un projet n’est pas aussi rentable que prévu ou a pris du retard, puis les augmenter quand celui-ci fonctionne bien.
Embargo imposé par Washington en 2019
Jadis baptisé « Venezuela saoudite » du temps où il était un acteur important du marché mondial, le pays, qui dispose des plus grandes réserves de pétrole de la planète, produit selon les autorités quelque 1,2 million de barils par jour.
Des années de mauvaise gestion et de corruption ont fait passer la production d’un pic de plus de 3 millions de barils par jour au début des années 2000 à un plus bas historique de 350 000 barils par jour en 2020. Le pétrole du Venezuela fait par ailleurs toujours l’objet d’un embargo, imposé par Washington en 2019, lors du premier mandat de Donald Trump. Les sanctions pourraient être rapidement levées pour permettre aux compagnies privées, notamment américaines, d’investir, selon des analystes.
« L’objectif principal de cette loi est que nous cessions de dire que nous avons les réserves les plus importantes [du monde] pour commencer à dire que nous comptons parmi les principaux producteurs de pétrole de toute cette planète », a lancé Jorge Rodriguez.











