Au moins 104 prisonniers politiques ont été relâchés en une journée au Venezuela, où un processus de libération des détenus avance au compte-gouttes sous la pression de Washington, a fait savoir, dimanche 25 janvier, l’ONG Foro Penal.
« Nous avons vérifié 104 libérations de prisonniers politiques aujourd’hui. Nous continuons d’en vérifier d’autres », a écrit sur X le directeur de l’organisation, Alfredo Romero, après avoir donné un premier chiffre d’au moins 80.
L’avocat Gonzalo Himiob, également membre de Foro Penal, a précisé sur le réseau social que « ce chiffre n’est pas encore définitif. Il peut augmenter à mesure que nous procédons à davantage de vérifications ».
Le gouvernement de Delcy Rodriguez, au pouvoir depuis l’enlèvement de Nicolas Maduro lors d’une opération militaire américaine le 3 janvier, a promis un « nombre important » de libérations. Caracas affirme avoir relâché 626 détenus politiques depuis décembre 2025. Ce total officiel ne correspond pas aux rapports des ONG. Foro Penal comptabilise environ la moitié de libérations sur la même période.
Quelque 2 400 personnes arrêtées en 2024
L’opposition et ces ONG de défense des droits humains dénoncent la lenteur du processus. Des familles attendent devant les prisons et passent la nuit à la belle étoile dans l’espoir de voir leurs proches sortir des cellules.
« Nous formons tous une famille maintenant », assure Aurora Silva, épouse de la figure de l’opposition Freddy Superlano, devant la prison Rodeo 1 où il est incarcéré depuis un an et demi. Lorealbert Gutierrez, 19 ans, espère pour sa part voir sortir son compagnon Emmanuel De La Rosa, assistant charpentier de 20 ans, et son frère Alberto Gutierrez, chauffeur de moto-taxi du même âge. L’un comme l’autre sont enfermés pour un présumé attentat à la bombe à Caracas. « Tant que je ne les verrai pas dehors, je ne partirai pas », promet la jeune femme.
Depuis son investiture, le 5 janvier, Delcy Rodriguez, sous pression américaine, a non seulement promis des libérations de prisonniers politiques mais aussi signé des accords pétroliers avec les Etats-Unis ou engagé une réforme législative comprenant notamment une loi sur les hydrocarbures. Samedi, la cheffe de l’Etat par intérim a appelé à « parvenir à des accords » avec l’opposition afin d’arriver à la « paix » dans le pays.
L’ancien président Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores ont été traduits en justice à New York pour narcotrafic.
En 2024, quelque 2 400 personnes avaient été arrêtées et vingt-huit tuées lors de la répression des troubles après l’élection présidentielle contestée de Nicolas Maduro qui avait succédé à Hugo Chavez en 2013 et assuré la continuité du pouvoir bolivarien.
Des figures de l’opposition toujours détenues
A l’époque, l’opposition, qui revendique toujours la victoire, avait estimé que le pouvoir avait usé de fraudes, publiant des procès-verbaux de bureaux de vote donnant son candidat Edmundo Gonzalez Urrutia vainqueur. Le Conseil national électoral (CNE), accusé d’être aux ordres du pouvoir, n’a jamais publié de résultats détaillés, disant avoir été victime d’une attaque informatique.
Jeudi, les autorités vénézuéliennes avaient déjà libéré le gendre de M. Gonzalez Urrutia, Rafael Tudares, emprisonné pendant plus d’un an pour des accusations de terrorisme. Edmundo Gonzalez Urrutia avait dénoncé dans cette affaire des « représailles ». Parmi les autres opposants déjà relâchés figurent l’ancien candidat à la présidence Enrique Marquez, l’avocate défenseure des droits humains Rocio San Miguel, ou encore le journaliste et militant Roland Carreño.
Mais certains restent toujours derrière les barreaux, comme Javier Tarazona, en prison depuis 2021 pour « terrorisme », « trahison » et « incitation à la haine », et Freddy Superlano, placé en détention après les manifestations de juillet 2024. Juan Pablo Guanipa, allié de la cheffe de l’opposition Maria Corina Machado, est lui aussi toujours en prison pour un supposé complot contre les élections des gouverneurs et des députés de 2025.





