La campagne des élections municipales l’a confirmé : racisme, antisémitisme, islamophobie et nativisme progressent et se banalisent dans le débat politique français. Cette évolution révèle un décalage entre la réalité sociale et des imaginaires politiques largement dépassés. Ce phénomène ne se limite pas à la France : dans toutes les grandes démocraties occidentales, une partie importante des élites politiques accuse un retard culturel comparable face aux sociétés qu’elles entendent gouverner.
Prenons un exemple : les Etats-Unis, le pays de Donald Trump et de Bad Bunny. Artiste portoricain, ce dernier s’impose comme l’une des figures culturelles les plus influentes au monde. En 2026, il devient le premier hispanophone à remporter le Grammy du meilleur album et à assurer la mi-temps du Super Bowl. Parce qu’il interprète son répertoire en espagnol plutôt qu’en anglais, il cristallise un enjeu politique et linguistique, aussi clivant aux Etats-Unis que le débat sur l’islam en Europe.
Face à lui, le monde MAGA [Make America Great Again] se crispe sur le récit d’une nation blanche et anglo-saxonne d’avant les droits civiques. Megyn Kelly, journaliste et avocate conservatrice, l’a formulé sans détour lorsqu’un journaliste britannique lui a rappelé que les Etats-Unis n’ont pas de langue officielle : « Cette attitude explique pourquoi vous, en Grande-Bretagne, vous avez perdu votre culture. Vous l’avez cédée à un groupe de musulmans radicaux qui sont arrivés et l’ont prise, et maintenant elle a disparu. Nous n’autoriserons pas cela ici. Qu’il s’agisse des hispaniques ou des musulmans, cela ne se passera pas aux Etats-Unis. C’est pour cela que le président Trump a été élu. »
Fiction d’un passé homogène
Peur du déclin, désignation d’ennemis intérieurs, justification politique d’une fermeture : Bad Bunny passe pour « antiaméricain », comme certains citoyens européens sont suspectés de ne pas appartenir pleinement à leur nation au seul motif de leurs origines. Partout s’impose la fiction d’un passé homogène, blanc, qui n’a pourtant jamais existé.
Il vous reste 58.38% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.












