- Des études de commerce, des petits boulots et une rencontre décisive.
- Camille Yembe ne vient pas d’une famille d’artiste.
- Elle raconte, dans le podcast Expertes à la une présenté par Christelle Chiroux, comment elle a gravi les échelons pour devenir chanteuse.
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« Expertes à la Une » : le podcast de Christelle Chiroux
« J’ai enfilé une peau en plastique, Pour éviter de tout casser encore une fois, J’ai enfilé une peau en plastique, Pour pouvoir la jeter au sol mille fois… »
Fin 2024, Camille Yembe sort son premier single : « Plastique ». Dans cette première chanson, elle raconte sa quête d’identité à travers un double personnage. Ce masque sert à « dissimuler mes émotions, déguise, cache l’essentiel pour nous extirper du réel. »
Sa voix à la fois fragile et puissante incarne une vulnérabilité assumée et une grande détermination. « Plastique parle de moi, raconte le fait de se travestir pour ressembler à quelque chose de mieux et de plus beau. J’ai porté un masque dans mes interactions sociales : je ne me sentais pas suffisamment intelligente et je cultivais des complexes d’infériorité qui ont pris racine pendant mon enfance. »
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La musique me semblait inaccessible
La musique me semblait inaccessible
Camille Yembe
L’autrice compositrice belgo-congolaise grandit à Molenbeek-Saint-Jean, quartier défavorisé bien connu de Bruxelles. Rien ne la prédestine à faire de la musique. Elle s’érige inconsciemment des barrières : « J’avais l’impression que la musique était vraiment réservée à une élite intellectuelle et littéraire. Je n’ai commencé à écrire qu’à partir de 18 ans. À l’époque, si j’avais voulu faire un featuring avec un artiste, j’aurais tapé ma tête contre un mur. La musique me semblait inaccessible et je n’y pensais pas. »
Finalement, elle se lance en envoyant depuis sa salle de bain un morceau enregistré avec son ukulélé au rappeur Gandhi : « Je ne le connaissais pas, mais j’aimais bien ce qu’il faisait. Par une curieuse coïncidence, il cherchait des voix féminines pour son album. Il m’a proposé de participer. »
Elle collabore à deux titres de l’album « Texte Symbole » de Gandhi, sorti en 2016 puis écrit des textes pour plusieurs musiciens, dont le rappeur Tiakola. Elle quitte ensuite ses petits boulots alimentaires pour se consacrer entièrement à la musique : « Ce sont des tafs que je détestais, mais j’avais peur de retourner dans une forme de précarité. Je faisais des ménages, serveuse dans des bars, standardiste… Je suis contente d’avoir fait plein de boulots, ils m’ont appris la valeur de chaque euro et la résilience. » Elle veut s’octroyer une chance de réussir : « J’avais la hantise de repenser, une fois vieille, à tout ce que j’aurais pu faire. »
Influences multiples
Camille Yembe trace une voie musicale entre le rock, la pop, le rap ou la soul. Elle se dévoile à travers ses chansons : « J’ai écrit le titre Ne le dis à personne à la sortie d’une cession de studio. Je révèle des choses profondes sur moi sans savoir pourquoi. Je raconte ma vie cabossée, vivante et vraie. Plus tu te rapproches du vrai, plus tu aperçois les fissures, de ce qui ne va pas et de ce qui devient laid. »
Elle appelle son premier album « Jeune et laide » : « Je veux toucher tout le monde, rester éclectique et grandiose. Parfois, mes textes sont durs, mais les musiques donnent envie de danser. »
Dans une interview, Stromae cite le nom de Camille Yembe et parle de sa musique qu’il a entendue à la radio : « Ces artistes ont l’air intouchables et lointains. Quelque part, j’avais besoin d’une confirmation. Son appui m’a propulsé et a nourri quelque chose dans ma légitimité. »
Dix ans plus tard, le rappeur Gandhi reste son manager. Camille Yembe y trouve un certain réconfort : « Il me dit que c’est moi qui ai la vérité sur ma musique. Il me laisse libre de mes créations. La musique rassemble des gens qui se sentent concernés par ce que tu racontes. C’est en côtoyant mon public que j’ai eu l’idée du titre de mon album. »

