- Au niveau européen, le mécanisme de protection civile permet à chaque État membre de demander de l’aide en cas de catastrophe.
- Ce système, déclenché lundi pour la saison des feux de forêt, permet aussi de financer des Canadairs pré-positionnés dans différents pays.
- Cet été, des sapeurs-pompiers de plusieurs nationalités viendront aussi renforcer leurs collègues français.
Suivez la couverture complète
Notre planète
« L’été dernier, la Grèce a demandé de l’aide à 8h du matin, à 16h, deux premiers avions italiens étaient déjà en train de travailler avec leurs homologues grecs.
» C’est le résultat du mécanisme européen de protection civile, explique Claire Kowalewski, colonelle de sapeurs-pompiers détachée auprès de la Commission européenne. Ce dispositif, mis en place en 2001, est désormais « bien rodé
« , explique-t-elle. Il implique les 27 États membres mais aussi 10 pays partenaires : Albanie, Bosnie-Herzégovine, Islande, Macédoine du Nord, Moldavie, Monténégro, Norvège, Serbie, Turquie et Ukraine.
Le principe est simple : en cas de catastrophe – incendie, tremblement de terre, inondations -, l’un de ces États peut solliciter l’assistance du Centre de la coordination de la réaction d’urgence (ERCC). « La France l’a activé à quatre reprises
, explique le lieutenant-colonel Frédéric Harrault, chargé de mission relations internationales. En 2022, pour le feu de Landiras
, dans les Landes, puis en 2023 et en 2024 pour
les inondations dans le Pas-de-Calais
et en 2025 à Mayotte, après le passage du
cyclone Chido
« , énumère-t-il.
Les Pays-Bas et la République tchèque ont déjà demandé de l’aide cette année
À Bruxelles, au sein de l’ERCC, la cellule d’analyse et de coordination feux de forêt est activée de mi-juin à mi-septembre, période durant laquelle elle fonctionne 24h/24, sept jours sur sept. Au total, 23 aéronefs sont mobilisés du 1ᵉʳ mai jusqu’au 31 octobre.
« Cette année, la cellule a été activée de façon anticipée, deux fois aux Pays-Bas et en République tchèque en raison d’un premier épisode caniculaire précoce
« , rapporte Claire Kowalewski, précisant que la France a envoyé des sapeurs-pompiers aux Pays-Bas.
L’an dernier, les pays membres ont demandé de l’assistance à 17 reprises, et au total 39 avions, 19 hélicoptères et 800 sapeurs-pompiers ont été déployés.
Des exercices communs pour travailler ensemble
Le dispositif prévoit aussi un soutien financier, en moyens humains et matériels. Cet été, la France va ainsi bénéficier de renforts : 25 pompiers italiens seront déployés auprès du Sdis 13 dans les Bouches-du-Rhône, 21 pompiers grecs dans l’Hérault, 40 pompiers roumains dans les Pyrénées-Orientales et 20 pompiers slovaques en Gironde. Au total, ce sont 777 sapeurs-pompiers de 14 pays qui vont être déployés dans six pays : Portugal, France, Espagne, Italie, Grèce et Chypre.
Des exercices sont organisés toute l’année pour être opérationnel au moment des crises. Car les hommes et le matériel diffèrent d’un État à l’autre. Les tuyaux peuvent par exemple être dimensionnés différemment. Des systèmes d’adapteurs existent. « Toute l’année, on apprend à travailler ensemble
, décrit le lieutenant-colonel Harrault. Ce n’est pas une harmonisation de nos équipements, mais un effort pour les rendre compatibles
. »
« Une harmonisation des équipements coûterait trop cher au contribuable,
précise Claire Kowalewski. On travaille plutôt sur l’inter-opérabilité
« , et l’UE peut financer par exemple ces adaptateurs si un État en fait la demande.
Une flotte anti-incendie 100% européenne
Les moyens aériens sont financés à 75% par l’Union européenne, mais l’objectif est de constituer une flotte entièrement européenne. C’est dans ce cadre que la France doit acquérir deux Canadairs à l’horizon 2028.
Au total, l’acquisition de 12 Canadairs est prévue d’ici à 2030. Ils seront déployés en France donc, mais aussi au Portugal, en Espagne, en Italie, en Croatie et en Grèce. À raison de deux appareils par pays. Et cinq hélicoptères seront disponibles, dont l’un est déjà stationné en Roumanie.
« Nous contribuerons aux frais d’équipage, aux coûts de maintenance et aux frais liés aux opérations
, énumère Claire Kowalewski. C’est un très gros financement de la part de l’UE
. »
En France, les moyens européens sont nécessaires si deux gros feux sont simultanés
Les appareils restent toutefois propriété des pays. « Mais la France, par exemple, doit les mettre à disposition si un autre État membre est en difficulté
« , précise la colonelle. « Une bonne intelligence opérationnelle est de mise
« , ajoute-t-elle toutefois, citant l’exemple des feux au Portugal et en Espagne l’an dernier. « Personne ne leur a demandé de déployer leurs moyens aériens en Grèce, également victime de gros incendies
« , précise-t-elle.
En France, la montée en charge est progressive. « En cas d’incendie, ce sont d’abord les moyens départementaux qui sont mobilisés
, détaille le lieutenant-colonel Harrault. Puis, on fait appel aux moyens des départements voisins, puis nationaux. Quand on atteint notre limite capacitaire en avion, on peut faire appel aux mécanismes européens. Concrètement, nos 12 Canadairs, nos 8 Dash
(des avions bombardiers d’eau) et les locations estivales d’appareils nous permettent de faire face à un gros feu, comme dans l’Aude l’an dernier. En cas de deuxième gros feu simultané, les moyens européens sont nécessaires
. »
« Le changement climatique accroît cette possibilité d’avoir des gros feux simultanés
« , ajoute-t-il. La saison des incendies se rallonge et s’intensifie, et les flammes se déplacent aussi vers le Nord, alors même que des feux se produisent toujours dans le Sud.
En Europe, le nombre de feux de plus de 30 hectares a augmenté, passant de 500 en 2006 à plus de 2 500 en 2025. « Depuis 2019, on a aussi de plus en plus de feux en Europe centrale, alors qu’ils étaient quasi inexistants en 2006
« , rapporte encore Claire Kowalewski.









