Pour un homme que l’on disait rigide, Lionel Jospin est en train de devenir étonnamment plastique. Chacun peut désormais le plier à sa convenance pour défendre ses propres convictions. Depuis son décès, le 22 mars, les hommages à « l’homme d’Etat comme on n’en fait plus » se multiplient de la part d’hommes d’Etat comme on en fait encore.
C’est arrivé près de chez nous
Depuis qu’il n’est plus là, Lionel Jospin est célébré par ceux qui (à gauche) font aujourd’hui l’inverse de ce qu’il défendait, par ceux qui l’ont fait perdre en 2002 et enfin par ceux qui, à droite comme à l’extrême droite, le détestaient.
Dans le premier groupe, les opposants aux coalitions, qu’ils qualifient aujourd’hui de compromissions, saluent l’architecte de la gauche plurielle. Jean-Luc Mélenchon célèbre le rassembleur, l’homme de « l’attelage rouge-rose-vert », moins de vingt-quatre heures après avoir accusé le Parti socialiste (PS) d’avoir entraîné La France insoumise dans sa chute au second tour des municipales. Les détracteurs qui accusaient Lionel Jospin, après l’élection présidentielle de 2002, d’avoir péché par excès de confiance en minimisant le risque des petites candidatures, vantent son humilité. Enfin, les protagonistes de sa défaite au premier tour de la présidentielle savent maintenant comment il aurait pu gagner : « Lionel Jospin avait toutes les qualités pour l’emporter au tournant des années 1980-1990. Mais il lui a manqué la résolution qui lui aurait permis de s’affranchir vraiment du social-libéralisme », a déclaré Jean-Pierre Chevènement (5,33 % des voix en 2002).
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