En Île-de-France, le chauffage des bâtiments à la biomasse est en pleine expansion.
Utilisant du bois, ces dispositifs sont présentés comme bons pour l’environnement.
Mais certains de ces équipements peuvent aussi se révéler néfastes pour la santé.
La biomasse, une bonne solution pour un chauffage plus économique et plus vertueux pour l’environnement ? Si ces systèmes contribuent à la décarbonation de l’énergie et permettent, grâce au bois, de limiter les coûts, ils pourraient avoir un côté plus « sombre » : leurs effets sur la santé. C’est ce que met en avant Airparif (nouvelle fenêtre) dans une étude, publiée jeudi 27 mars.
L’observatoire de la qualité de l’air en Île-de-France pointe que dans la région, « le nombre de petites chaufferies biomasse – au bois – de faible puissance a fortement augmenté ces dernières années (…). Toutefois, ces installations émettent des polluants de l’air, nocifs pour la santé, à savoir des gaz (oxydes de carbone, monoxyde carbone etc.) et, dans de grandes proportions, des particules fines et ultrafines ».
Des granulés de bois plutôt que des plaquettes forestières
Ces chaufferies biomasse sont souvent utilisées dans les hôpitaux, les Ehpad, les écoles ou les mairies. Si ce sont généralement d’importants dispositifs, les établissements utilisant des chaufferies de plus faibles tailles et puissance (en dessous de 500 kilowattheures) se multiplient. Problème : contrairement aux grandes chaufferies, elles affichent une efficacité de combustion plus faible, ne sont pas équipées de systèmes de dépollution et ne sont pas soumises à une réglementation limitant leurs émissions de particule dans l’air.
« Les particules fines, c’est vraiment l’enjeu de ces moyens de chauffage », pointe à TF1info Antoine Trouche, ingénieur en charge des relations avec la presse et de la médiation scientifique. Selon l’étude, ces petites chaufferies, à chaleur fournie identique, émettent en moyenne six fois plus de particules fines (PM 2,5) que les chaufferies de grande taille et puissance lorsqu’elles sont alimentées avec des granulés de bois. C’est 15 fois plus lorsque les dispositifs utilisent des « plaquettes forestières », obtenues en broyant du bois directement issus des forêts.
Si on compare ces systèmes à des chaudières ou des poêles à granulés individuels, « les petites chaufferies biomasse évaluées émettent nettement moins (-53%) de particules fines lorsqu’elles utilisent des granulés, mais a contrario plus (+17%) lorsqu’elles sont alimentées aux plaquettes forestières », pointe Airparif, précisant que « d’autres moyens de chauffage n’émettent aucun polluant de l’air et très peu de gaz à effet de serre, comme les pompes à chaleur et les réseaux de chaleur basés sur la géothermie ».
Pour tenter de limiter cette pollution, AirParif émet trois recommandations : s’assurer de bien dimensionner la chaudière en fonction du besoin de chauffage, bien régler la circulation d’air dans le dispositif – un excès d’air pouvant augmenter les émissions de particules fines -, et adapter le type de combustible, en préférant les granulés aux plaquettes forestières, plus chargées en sodium et potassium, deux éléments qui favorisent les émissions de PM2,5.
Enfin, au-delà de ces chaufferies biomasse utilisées dans les bâtiments, c’est la question du chauffage au bois qui se pose en Île-de-France. Dans la région, ce type d’installation ne couvre que 7% de l’énergie consommée par les ménages pour se chauffer, s’éclairer, cuisiner, mais représente l’un des principales sources de particules fines dans la région. « Ses émissions sont supérieures à celles de toutes les centrales à charbon allemandes », souligne même AirParif sur son site. Par ailleurs, en fonction de la qualité du chauffage au bois, la combustion peut être source d’émission de CO2 et de méthane, les deux principaux gaz à effet de serre.