Les attaques de colons israéliens contre des civils palestiniens en Cisjordanie sont « moralement et éthiquement inacceptables », a affirmé, mercredi 18 mars, le chef d’état-major de l’armée israélienne. Le lieutenant-général Eyal Zamir a appelé les autorités politiques « à agir avant qu’il ne soit trop tard ».
« Nous avons constaté récemment une augmentation des actes criminels à caractère nationaliste, dont certains sont dirigés directement contre nos soldats et contre la population civile », a déclaré le chef de l’armée israélienne lors d’une visite à un centre de commandement.
Ces « actes (…) causent un dommage stratégique énorme aux efforts de Tsahal [l’armée israélienne] », a-t-il aussi jugé, appelant « toutes les autorités du pays à s’opposer à ce phénomène et à l’éradiquer avant qu’il ne soit trop tard ». « Il est inacceptable que, pendant une guerre sur plusieurs fronts, Tsahal soit également contrainte d’affronter une minorité menaçante venant de l’intérieur », a-t-il ajouté.
Le chef d’état-major a également qualifié les assaillants d’« émeutiers qui ne représentent pas les implantations » juives en Cisjordanie. « Au contraire, ils mettent en danger les implantations, la sécurité, la stabilité et nos valeurs en tant que peuple et en tant qu’Etat », a-t-il dit.
Les agressions de civils palestiniens par des colons dans ce territoire occupé par Israël depuis 1967 ont flambé depuis l’attaque du Hamas ayant déclenché la guerre de Gaza le 7 octobre 2023, et elles se sont encore intensifiées depuis le déclenchement de la guerre israélo-américaine contre l’Iran le 28 février. Six personnes ont été tuées depuis la fin février, selon le ministère de la santé palestinien.
« Il s’agit de terrorisme juif »
Mardi, l’ONU a appelé Israël à cesser immédiatement l’expansion des colonies en Cisjordanie, dénonçant le déplacement forcé de plus de 36 000 Palestiniens en un an. Selon les Nations unies, cela semble indiquer une politique israélienne concertée de transfert forcé massif sur l’ensemble des territoires occupés, « qui soulève des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique ».
Mardi également, une ex-ministre et députée centriste, Meirav Cohen, a dénoncé au Parlement la résurgence d’un « terrorisme juif ». « La réalité est qu’en ce moment même, des villages sont attaqués, des communautés sont délibérément expulsées de leurs foyers, des moutons sont abattus, des vergers sont incendiés, des gens sont attaqués simplement parce qu’ils sont arabes, sans qu’ils aient recours à la violence », a déploré Mme Cohen.
« Et récemment, c’est devenu de plus en plus violent, de plus en plus public. Aussi douloureux et honteux que cela soit à admettre, il s’agit bien de terrorisme, et de terrorisme juif », a-t-elle fustigé. « Avec le temps, ce terrorisme a acquis une impunité croissante. Il est devenu plus répandu, plus organisé, plus dangereux. Et il est dangereux non seulement pour les Palestiniens, mais aussi pour les Israéliens, pour les soldats, pour notre pays », a mis en garde cette députée.
« Pogroms purs et simples »
En début de semaine, une lettre ouverte signée par des centaines d’anciens responsables sécuritaires du mouvement « Commandants pour la sécurité d’Israël » a dénoncé l’intensification de ces violences de colons, devenues un « phénomène quotidien, permanent et terrifiant »
« Il ne s’agit pas ici de quelques émeutiers ou de “mauvaises herbes”. Ces actes de violence s’appuient sur un système organisé comportant plusieurs niveaux hiérarchiques institutionnels », avec des « objectifs clairs : vider de larges zones de toute présence palestinienne par le biais de menaces, d’atteintes graves à la vie et aux biens, ainsi que d’émeutes et de pogroms purs et simples », ont accusé les anciens militaires.
Plus de 500 000 Israéliens vivent en Cisjordanie dans des colonies régulièrement condamnées par l’ONU comme illégales au regard du droit international, au milieu de quelque trois millions de Palestiniens.
Depuis le 7-Octobre, au moins 1 050 Palestiniens, parmi lesquels de nombreux combattants, mais aussi beaucoup de civils, ont été tués en Cisjordanie par des soldats ou des colons israéliens, selon un décompte de l’Agence France-Presse à partir de données de l’Autorité palestinienne. Dans le même temps, selon des données officielles israéliennes, au moins 45 Israéliens, parmi lesquels des civils et des soldats, y ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors de raids militaires israéliens.







